UFC Que Choisir de Nancy et environs

1820 - L'arrivée du préfet

Nancy, le 21 mai 1820.

Messieurs, installé aujourd'hui dans les fonctions de préfet du département de la Meurthe, que Sa Majesté a daigné me confier, je viens commencer avec vous des rapports dont j'aime à me féliciter d'avance, parce que je sais combien mon prédécesseur a dû s'en applaudir dans le cours de son honorable administration.

Si je ne puis vous offrir, comme ce magistrat, cette réunion si rare de talens et de qualités qui ont si justement excité votre confiance, votre affection et vos regrets, j’oserai du moins rivaliser avec lui par la droiture de mes intentions et par l'ardeur de mon zèle.

Ainsi que lui, Messieurs, je n'aurai d'autre guide que les principes de sagesse et de modération dont le gouvernement du roi donne le précepte et l'exemple : protéger tous les hommes paisibles, réprimer avec fermeté tout excès nuisible au bon ordre, servir le roi comme il veut l'être, c'est-à-dire, en faisant observer les lois de l'état, en administrant avec une justice impartiale et en cherchant à concilier les esprits divisés, telle sera la règle invariable de ma conduite.

Si je vous fais connaître, Messieurs, les principes qui me dirigeront dans la carrière qui va s'ouvrir devant moi, c'est moins pour vous tracer la marche que vous devez suivre que pour rappeler le but que vous avez atteint sous la direction de mon estimable prédécesseur. Il est juste de reconnaître en effet que la marche sage et ferme à-la-fois de l'administration a contribué autant que la douceur des moeurs et les bons sentimens qui distinguent les habitans de la Meurthe, à assurer cette tranquillité profonde qui n'a cessé de régner dans ce département, préservés jusqu'à ce moment de tout désordre politique, que vos administrés, Messieurs, continuent à apprécier chaque jour davantage.

Les heureux efforts du gouvernement du roi, dont la bienaisance et et la justice veulent effacer jusques aux dernières traces de nos troubles civils et des malheurs de la guerre. Nos efforts réunis obtiendront sans doute ce résultat si désirable ; mais c'est à vous sur-tout que j'aimerai à en attribuer l'honneur. Plus à portée des administrés, c'est à vous qu'il appartient d'éclairer et de diriger leurs opinions ; c'est à vous à faire connaître leurs voeux et leurs besoins, c'est à vous enfin à prévenir l'autorité supérieure contre ces démarches passionnées dont le déplorable succès a pu
quelquefois altérer l'union et l'harmonie qui font la force et le bonheur des citoyens.

Plus j'apprécie les services que MM. les maires sont appelés à rendre, Messieurs, plus je dois honorer une magistrature qui tire déjà tant d'éclat de son désintéressement et de son utilité. Il ne tiendra jamais à moi que le poids ne leur en paraisse allégé, en quelque sorte, par les égards et par la considération dont je chercherai constamment à entourer les fonctions municipales.

Je vous demande eu retour de ces intentions, Messieurs, une confiance sans réserve. Un jour peut-être mériterai-je de vous l'estime et l'attachement dont vous avez récompensé les efforts de mon prédécesseur. Je ne solliciterai jamais d'autres prix des soins assidus que désormais j'ai voués aux intérêts de vos concitoyens.

Veuillez agréer, Messieurs, l'assurance de ma considération la plus distinguée.
Le maître des requêtes, préfet de la Meurthe,
Le vicomte DE VILLENEUVE.
Collationné par nous conseiller de préfecture, secrétaire général.
Pinodier

Document publié le 01-01-2004

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