UFC Que Choisir de Nancy et environs

1820 - L'assassinat du Duc de Berry

Nancy, le 17 février, 2 heures du matin.

Un attentat horrible, réservé sur-tout aux siècles de fanatisme et d'ignorance, et dont la France semblait devoir être préservée sous le gouvernement légitime et constitutionnel, vient cependant de l'affliger encore.

S. A. R. Monseigneur le duc de Berry, frappé par un lâche assassin, le 13 de ce mois, à la sortie de l'Opéra, a succombé le 14, à six heures du matin, entre les bras du roi, à la blessure mortelle qu'il en a reçue ; et le petit-fils de Henry IV périt, comme son aïeul, victime de cette sécurité, qui est une arme de plus entre les mains du crime. Il a rendu le dernier soupir en pardonnant à son assassin.

La procédure, encore enveloppée de mystère, laisse connaître imparfaitement la cause et les moyens de ce forfait, mais l'assassin est arrêté ; la chambre des pairs est occupée de son jugement, et les interrogatoires préliminaires ont eu lieu sur-le-champ. Il se nomme Louvel ; il est âgé de 36 ans, garçon sellier des écuries du roi, et déclare n'avoir aucun complice : sa haine seule contre l'auguste Maison qui nous gouverne l'a porté à cet attentat qu'il médite depuis 4 ans.

La main se refuse à tracer un semblable récit; il est douloureux pour un magistrat d'en attester l'exactitude ; mais il est de son devoir aussi de faire parvenir à votre connaissance ces détails, tout pénibles qu'ils sont, pour vous garantir de ce que l'exagération d'une première rumeur est capable d'y Ajouter, et parce qu'ils ne peuvent malheureusement être ignorés bien long-temps.

Imitant dans sa peine cruelle la contenance sublime et chrétienne du monarque, qui perd à la fois un Fils chéri, l'héritier de sa couronne et l'espoir de sa race, montrons par la gravité de notre maintien la profondeur et la sincérité de nos regrets, et attendons de la justice divine et humaine la punition exemplaire d'une atrocité dont Louvel seul était capable; et qui répand sur la nation entière un nouveau voile de consternations et d'éternelles douleurs.

Au milieu de ces affligeantes pensées, une consolation et un espoir semblent réservés par le ciel à Sa Majesté et à la France; avant d'expirer, Monseigneur a recommandé à la duchesse de Berry de se ménager pour l'enfant qu'elle porte dans son sein.
Signé SÉGUIER.

Document publié le 01-01-2004

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