UFC Que Choisir de Nancy et environs

1820 - Les complots

Nancy, le 26 août 1820.

Messieurs, des articles officiels insérés dans les journaux vous ont appris qu'un complot formé contre le gouvernement avait été découvert. Depuis long-temps le ministère était informé des manoeuvres pratiquées auprès des troupes et des anciens militaires pour les porter à la révolte. Vingt à vingt-cinq officiers et sous-Officiers des corps de la garnison de Paris ou de la garde royale, qui s'étaient laissé entraîner, ont été arrêtés quelques heures avant celle que les conjurés avaient fixée pour éclater. La cour des pairs , convoquée par ordonnance en date du 21 de ce mois, est chargée du jugement de ce crime de haute-trahison. Le ministère public poursuit la procédure avec la plus grande activité.

L'instruction solennelle de cette affaire, et le jugement qui sera rendu par le tribunal le plus élevé, fera connaître les complices et la nature de cette conspiration. La prudence et la justice prescrivent sans doute jusqu'alors une extrême réserve dans les conjectures que l'on peut se former sur l'étendue du complot et sur les individus appelés à y prendre part ; mais quels qu'en soient les auteurs et les complices, quel qu'en soit le nombre, leurs intentions sont aujourd'hui dévoilées. On sait que leur exécrable projet était de changer le gouvernement légitime , de dévouer au poignard ce que nous avons de plus sacré et de plus auguste. Les fideles serviteurs roi devaient être sacrifiés; un étranger devait être appelé sur le trône de Saint-Louis et de Henry IV . . .

L'audace et l'atrocité d'un tel projet et la démence qui l'a conçu sont également incompréhensibles , et l'on est pénétré d'horreur et de stupéfaction , lorsque l'on songe que c'est uniquement pour avoir des grades, des honneurs, du pouvoir, que quelques ambitieux, bravant toutes les lois divines et humaines, voulaient de nouveau précipiter la France dans le deuil , dans les malheurs des guerres civiles et étrangères , et peut-être compromettre à jamais l'existence politique de notre belle patrie. Si leurs atroces desseins avaient pu se réaliser, ces institutions constitutionnelles que nous devons à l'auguste sagesse du roi auraient fait place à un despotisme militaire d'autant plus absolu et plus cruel qu'il eût été moins solidement établi. Cette paix , à l'ombre de laquelle doivent fleurir l'agriculture , l'industrie et les arts, devait disparaître, et des guerres civiles sanglantes auraient de nouveau appelé l'étranger sur notre territoire et enlevé les enfans à leurs familles. Des tributs de toute espèce auraient une seconde fois tari toutes les sources de la prospérité publique. Notre religion qui condamne la révolte et le livre à l'anathème eût vu de nouveau ses ministres persécutés et ses temples déserts. L'anarchie reparaissait avec les échafauds révolutionnaires. Le riche dépouillé, le pauvre sans ouvrage et sans protecteurs ; plus de sûreté pour les propriétaires, pour les hommes paisibles : cette belle France qui sort à peine de ces ruines, et qui semble destinée à tenir le premier rang parmi les nations : rayée peut- être du tableau des puissances européennes . . .
Tel devait être notre sort.

Un pareil avenir fait frémir d'indignation tous les hommes que le noble et pur sang français anime encore. C’est cependant celui qu'une poignée de rebelles osait se promettre de nous réserver ! Les insensés ! ont-ils compté leur nombre ? Ne savaient-ils pas que l'armée est fidèle et qu'elle repousse avec horreur quelques traîtres qui se sont glissés dans son sein ? Ne voient-ils pas combien le peuple français, fatigué de révolutions et d'agitations, aime à se reposer dans la confiance et l'amour qu'il doit à son roi ? Ignorent-ils que les anciens militaires qui ont jadis illustré nos armes , et parmi lesquels ils espéraient peut - être des complices, sont devenus aujourd'hui les citoyens les plus paisibles et les plus fidèles sujets, et rejettent, indignés, ceux qui ne savent combattre qu'avec le poignard des
assassins ?

Ne savent-ils pas que toutes les grossières alarmes qu'ils ont cherché à répandre sur le retour des dîmes et des droits féodaux et sur la révocation des ventes des domaines nationaux, ne trompent plus personne et ne sont plus que criminellement absurdes ! . . .
Non, ils ne l'ignorent point ; ils voient la France heureuse de posséder son roi légitime. Ils voient se développer et se consolider nos institutions, ils le voient, mais avec désespoir. Eux seuls entretiennent parmi nous les discordes civiles, et leur rage aveugle a tenté ce dernier effort pour assouvir ce besoin de désordre et de révolution qui les dévore . . .

En détestant de si coupables voeux et en déplorant des égaremens si funestes, gardons-nous de nous livrer à d'injustes et odieux soupçons sur des hommes que des nuances d'opinion auraient pu éloigner de nous. On peut différer de bonne foi sur les moyens d'arriver au but commun, l'affermissement du trône et des libertés publiques ; mais parmi tes véritables français il ne saurait exister qu'une pensée et qu'un sentiment sur le crime et sur les criminels ; que tous les bons citoyens se rallient donc plus que jamais autour du monarque ; que la défense du trône et de nos institutions constitutionnelles menacées, réunisse dans un même sentiment tous les français dignes de ce nom. Abjurons nos dissensions passées; serrons-nous autour du roi, père de la patrie , et qu'une indignation commune contre les projets criminels conçus contre notre repos , notre bonheur et notre existence , soit le gage de l'union indissoluble qui doit régner parmi nous.

Je vous prie, Messieurs, de donner la plus grande publicité à l'expression de ces sentimens qui sont aussi les vôtres , et que vous vous efforcerez sans doute de répandre parmi vos administrés.

Je sais que le bon esprit qui anime les habitans de ce département est un motif de sécurité et de confiance pour ses magistrats ; toutefois vous ne devez négliger de recueillir aucun des renseignemens et des indices même les plus légers qui seraient de nature à jeter du jour sur les ramifications que ce complot aurait pu avoir et sur les manoeuvres qui auraient pu être tentées dans cette contrée.
Je vous prie de me faire part, sans délai et par la voie la plus prompte, des informations que vous aurez à m'adresser à cet égard, et je compte que vous saisirez cette occasion importante de manifester votre dévouement absolu au service de Sa Majesté.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma parfaite considération.
Le maître des requêtes, préfet de la Meurthe,
Le vicomte DE VILLENEUVE.

Document publié le 01-01-2004

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