UFC Que Choisir de Nancy et environs

1822 - La destruction des campagnols

Nancy, le 25 novembre 1822.

Messieurs, on se plaint généralement du grand nombre de souris, dites campagnols, qui existent dans les champs, et on craint, avec raison, qu'en se multipliant encore davantage, elles ne causent aux moissons de l'an prochain des dégâts d'autant plus grands, que lorsque la végétation aura fait croître les productions de la terre, il n'est plus possible de faire la guerre à ces animaux destructeurs, qui font, chaque année, quatre à cinq portées de cinq à six petits chacune. Les pluies froides et continues qui leur donnent la maladie appelée pourriture, une neige abondante et durable qui les fait manquer de subsistances, tels sont les moyens naturels qui les font périr ; mais la température que nous avons eue depuis plusieurs années, et surtout celle actuelle, a contribué singulièrement à leur multiplication.

Il importe donc beaucoup, Messieurs, de profiter, pour se livrer à la destruction de ces animaux, du temps favorable qu'il fait encore, et je vais vous indiquer, ci-après, plusieurs moyens qui ont été employés cette année, avec succès, dans le département du Bas-Rhin et dans l'arrondissement de Saverne surtout, où les mesures qui avaient été prescrites ayant été concertées et exécutées simultanément sur tous les points, ont eu les résultats les plus avantageux: on y a tué , dans l'espace de quinze, jours, 1, 570,000 campagnols , sans compter celles qui ont été empoisonnées, et dont le nombre est encore plus considérable.

Je vous prie, Messieurs, dans l'intérêt général de l'agriculture, ainsi que dans l'intérêt particulier des cultivateurs , de vouloir bien donner la plus grande publicité aux moyens de destruction de ces animaux , que je vous fais connaître, et d'inviter vos administrés à s'en occuper de suite.

Premier moyen (indiqué par la Société royale et centrale d'agriculture, dans sa séance du 17 juillet 1822) :

« Il faut faire bouillir du seigle on du froment (l'orge et l'avoine sont moins convenables à cause de leur enveloppe) dans de l'eau chargée de noix vomiques, les rouler dans de la farine et en jeter cinq à six grains dans chacun des trous de campagnols qui , en les mangeant, périront de suite. Il faut avoir soin de jeter les grains à la plus grande profondeur possible, afin qu'ils ne soient pas exposés à la vue des oiseaux, et on observe que les corps des campagnols morts restant dans les trous, l'effet du poison ne peut être à craindre pour les animaux domestiques. Il n'y a au surplus d'animal domestique que le chat, qui mange des campagnols. »

Deuxième moyen.

« Avec un instrument semblable à une tarière, dont se servent les charons pour perforer les moyeux des roues, et auquel on adapte un manche d'une longueur suffisante, on creuse dans les sillons des trous verticaux, de 15 à 48 pouces de profondeur; les parois polis de ces trous empêchant les campagnols qui s'y sont réfugiés d'en sortir, on les détruit alors facilement. Il faut que les trous qu'on a faits soient souvent visités, et le matin surtout, le campagnol voyageant plutôt la nuit que le jour. Un homme qui serait chargé de cette opération dans chaque commune, au moyen d'une rétribution que lui accorderait les cultivateurs réunis, parviendrait, en peu de jours, à détruire presque tous les campagnols du territoire de la commune. Ce moyen, qui est décrit dans le volume 10 des Annales de l'agriculture française, a été mis en usage aux environs de Luçon, et on y a détruit une quantité prodigieuse de campagnols. »

Troisième moyen.

Un ancien officier-général, maire de la commune où il a fixé sa résidence et où il se livre à l'agriculture, m'a indiqué le moyen suivant, dont j'engage les cultivateurs à faire l'essai.
« Il faut faire dans les champs et dans les prés, des fosses de quatre à cinq pieds de diamètre et de deux pieds de profondeur, environ. La terre qu'on en retirera sera placée en talus autour de chaque fosse, ce qui en augmentera encore la profondeur. Dans le fond de chacune, on mettra une petite quantité de blé, en épis tenant encore à la paille; on le recouvrira avec de la paille battue, dans laquelle on jettera quelques grains de blé. Il faut que le remplissage déborde un peu les bords de la fosse; on mettra au-dessus dit remplissage quelques épis, et on en répandra aussi quelques autres dans le voisinage. Les campagnols attirés par cet appât se réfugieront dans les fosses ainsi préparés, et on les brûlera en mettant le feu à la paille quatre à cinq jours après avoir creusé ces fosses. En renouvelant ce moyen plusieurs fois, on pense qu'on obtiendrait d'heureux résultats , si surtout il était employé simultanément par tous les cultivateurs d'un même canton ou au moins d'une même commune. »

Je suis informé que des cultivateurs ont fait usage d'arsenic pour détruire les campagnols. Ce moyen, s'il n'est pas employé avec infiniment de précaution, peut avoir les plus grands inconvéniens. Il ne faut se servir de l'arsenic qu'en très-petite quantité et le faire entrer le plus profondément possible dans les trous des campagnols. Je recommande d'employer de préférence un des moyens ci-dessus indiqués, et à MM. les maires de veiller à ce que les pharmaciens et épiciers-droguistes qui vendraient de l'arsenic pour la destruction des campagnols, se conforment aux art. 34 et 35 de la loi du 21 germinal an XI. (Voir à cet égard la note qui se trouve au recueil administratif de 1820, page 395. )

Je vous prie, Messieurs, de vouloir bien me faire connaître les résultats qu'on obtiendra de l'emploi des différens moyens que je viens de vous indiquer.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma parfaite considération.
Pour M. le préfet, absent par congé,
Le conseiller de préfecture, délégué, ACH. DE SUSLEAU DE MALROY.
Collationné par nous, conseiller de préfecture, représentant M. le secrétaire-général, absent par congé.

Document publié le 01-01-2004

Retour à la page principale