UFC Que Choisir de Nancy et environs

1822 - La destruction des loups

Nancy, le 29 janvier 1822.

Messieurs, tous les ans, et à différentes époques, je reçois, soit de MM. les maires, soit directement de leurs administrés, des rapports sur l'existence on l'apparition de loups, qui, en se montrant tantôt sur un point, tantôt sur un antre, jettent l'alarme dans les campagnes, et empêchent les habitans d'envoyer leurs troupeaux en pâture près des forêts, dans la crainte que les enfans, à la garde desquels on les confie ordinairement, ne deviennent victimes de la voracité de ces animaux qui, même, attaquent les bestiaux.

On s'adresse alors à l'administration pour qu'elle ordonne des battues; mais le temps qu'il faut employer pour en obtenir l'autorisation et concerter les mesures nécessaires étant toujours fort long , il arrive assez ordinairement que ces battues n'offrent aucun résultat, parce que l'on n'a pas saisi à propos, les occasions ail on aurait pu en obtenir.

J'ai donc pensé qu'il serait possible d'abréger le temps que l'examen de ces demandes exige, en adoptant des mesures générales, an moyen desquelles on puisse tout de suite, quand cela est reconnu urgent, ordonner et organiser des battues, ou générales ou particulières, suivant les circonstances.

En conséquence, j'ai pris, le 12 décembre dernier, un arrêté que vous trouverez à la suite de cette lettre, et qui renferme les bases principales d'après lesquelles on pourra faire faire des battues, lorsque l'on sera certain que des loups ont leur retraite dans une forêt quelconque. Cet arrêté, fondé sur des ordonnances et des lois encore en vigueur, impose aux habitans des communes qui sont limitrophes des forêts, l'obligation de concourir à ces battues.

J'aime à croire, Messieurs, qu'aucun habitant ne se refusera à remplir une obligation que la loi lui impose, et qui d'ailleurs est autant dans son intérêt particulier que dans l'intérêt général de la société ; néanmoins, si, contre mon attente, un habitant désigné à son tour de rôle, refusait le service qui lui serait demandé, vous en dresseriez un procès-verbal, que vous transmettriez à M. le juge-de-paix du canton.

Au surplus, Messieurs, comme mon intention est qu'on ne fasse usage de mon arrêté que dans les cas de nécessité bien reconnue, j'ai pris toutes les précautions qui m'ont paru devoir atteindre ce but, et celles de n'en permettre aucune, sans qu'on se soit concerté avec MM. les inspecteurs des eaux-et-forêts, et de leur en confier la direction, lorsque MM. les lieutenans de louveterie ne pourront pas s'en charger , m’ont paru les plus convenables pour prévenir les abus qu'on pourrait peut-être faire d'une disposition dont l'objet est d'assurer uniquement la destruction des animaux nuisibles, et et non de donner occasion d'organiser des chasses contre le gibier. Ainsi, encore, est-il expressément interdit par l'article 16 de mon arrêté, de tirer sur le gibier, et cette défense doit être rigoureusement observée. Elle doit l'être surtout avec une bien plus grande rigueur, s'il est possible, Messieurs, lorsque les battues se font dans des forêts particulières ; car si la nécessité et la sûreté publique peuvent quelque fois commander de faire des battues dans des bois de particuliers, c'est alors principalement que l'on doit y respecter le droit de propriété. Ici, le gibier est une propriété inhérente au sol, et rien ne pourrait excuser celui qui contreviendrait à la défense prescrite par l'article 16 de mon arrêté.

En le transmettant à MM. les sous-préfets, je leur ai recommandé de s'y conformer ponctuellement, et, en les aidant avec zèle dans l'exécution des mesures qu'ils croiront devoir ordonner, il y a lieu d'espérer qu'on pourra parvenir à détruire un grand nombre de loups dans ce département.

Avant de vous envoyer cet arrêté, Messieurs, je l'ai soumis à S. Exc. le ministre de l'intérieur, qui, par sa lettre du 24 courant, me mande : que l'ayant lu attentivement, il lui a paru contenir toutes les mesures qu'il est possible de prendre pour obtenir des battues, le résultat qu'on a droit d'en attendre , et qu'en conséquence il y donne son approbation.

Toutefois, Messieurs, comme les battues ne peuvent avoir lieu en tontes saisons ; que ce n'est même que dans les temps de neiges qu'elles ont quelques succès, je vous engage à ne point négliger les autres moyens de détruire les loups. Ces moyens qui consistent dans l'empoisonnement de ces animaux, et dans les pièges qu'on leur tend, vous ont été indiqués précédemment (recueil de 1817, page 383, et de 1821, page 54). Ils ont cet avantage, qu'ils sont praticables en tout temps, et qu'avec des soins et de la persévérance on parvient à détruire un grand nombre de ces animaux. Je ne terminerai pas cette lettre sans vous recommander de nouveau, pour la construction des louvières, les précautions que je vous ai prescrites par ma circulaire du 12 février l821, afin d'éviter les accidens qui pourraient encore arriver, si on ne les plaçait pas dans des lieux écartés des chemins, et si on ne faisait pas, malgré leur isolement, connaître leur existence et leur emplacement par le moyen que j'ai prescrit. Veuillez y donner toute votre attention.

Enfin, Messieurs, ce qui doit surtout, engager vos administrés à se livrer, par ces moyens, à la destruction de ces animaux, c'est l'exactitude avec laquelle je fais payer la prime accordée, et qui est due, quelque soit la manière dont on est parvenu à les faire périr.
Recevez, Messieurs, l'assurance de ma parfaite considération.
Pour M. le préfet, absent par congé,
Le secrétaire-général délégué,
Le Cte D'AGRAIN DES HUBAS.

Document publié le 01-01-2004

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