UFC Que Choisir de Nancy et environs

1822 - Les conspirateurs de Belfort

Nancy, le 24 janvier 1822.

Messieurs, vous avez été informés de la conspiration qui devait éclater à Belfort, au commencement de ce mois. Renverser le trône et l'autel, remplacer par un gouvernement révolutionnaire, un gouvernement légitime et paternel, tel était le but des conspirateurs.

Un de leurs principaux moyens de succès, était fondé dans le coupable espoir de séduire et d'entraîner dans leur révolte le 29ème régiment de ligne, en garnison à Belfort. Leurs trâmes criminelles ont échoué devant l'inébranlable fidélité de ce brave régiment.

Ainsi seront toujours déjouées les tentatives qui auaient pour but de détourner le soldat fiançais de la ligne de ses devoirs et du chemin de l'honneur.

Le Roi s'est empressé de faire témoigner sa satisfaction aux troupes de la garnison de Belfort ; il a ordonné qu'on lui proposât, pour des récompenses, les officiers, sous-officiers et soldats, dont la conduite aurait mérité d'être distinguée, et de suite, d'honorables distinctions ont été accordées aux militaires dont le zèle et l'énergie ont paralysé ce complot prêt à déchirer une des plus belles provinces de la France orientale.

En même temps, l'ordre a été donné de rayer des contrôles de l'armée quelques officiers qui s'étaient joints aux conspirateurs, et qui désertèrent leurs drapeaux, aussitôt qu'ils virent la conjuration découverte et déjouée.
Telle sera toujours la justice de Sa Majesté : récompense pour les sujets fidèles, infamie pour les traîtres à la patrie.
J'ai vu avec une grande satisfaction, Messieurs, que des trâmes dont le résultat eût été de nous replonger dans l'anarchie, d'allumer la guerre civile, et de ramener peut-être sur le sol de la France les armées étrangères, avaient excité dans ce département une indignation générale. C'est ainsi qu'en m'offrant une nouvelle occasion de remarquer les bons sentimens dont vous êtes tous animés, vous prouvez qu'instruits par une longue et douloureuse expérience, vous ne voyez plus de salut , de bonheur assuré pour vous et vos enfants, que dans le gouvernement légitime des Bourbons, de cette race auguste, qui, depuis huit siècles, gouverne la France avec tant de gloire et de sagesse; dont le trône est le nôtre, le règne un éternel bienfait, et qui, seule enfin, a su nous donner, dans une charte immortelle, la liberté que trente ans de victoires nous ont refusée.

Je me félicite, Messieurs, pour seul et doux fruit de mes travaux , de rendre cet éclatant et nouveau témoignage à la fidélité des braves Lorrains. Votre zèle et votre dévouement me sont garants que vous les entretiendrez toujours dans leurs excellens principes, en leur faisant connaître que l'ordre et le maintien de la tranquillité publique, la conservation de tous les droits que la charte a consacrés, pour tous indistinctement, sont à jamais inséparables du trône des Bourbons, et se rattachent essentiellement à son existence.

Espérons, Messieurs, que la Providence qui veille d'une manière spéciale, et sur la gloire de la nation française et sur le sang de ses rois, ne permettra pas que les auteurs du complot de Belfort restent impunis et parviennent à se soustraire aux recherches et à l'action de la justice. Déjà quelques-uns des coupables sont arrêtés. L'adjudant sous-officier Tellier, du 29° régiment de ligne, est de ce nombre; il a vainement cherché a se donner la mort, à l'instant même de son arrestation. L'arme qu'il a voulu employer, lui a refusé quatre fois le service ; alors il a dit :
« Sans doute la Providence ne veut pas que je périsse encore ; elle me réserve pour d'importantes révélations, je les ferai : je suis décidé à ne rien cacher. »

Il a tenu sa parole; il a tout dit, et bientôt après, dans une lettre écrite à son colonel, il a confessé son crime, en disant qu'il méritait la mort. Un des complices de Tellier s'est brûlé la cervelle au moment où il allait être pris.
J'ai cru nécessaire , Messieurs , de vous donner ces détails, afin de détruire les fausses impressions que des perturbateurs du repos public chercheraient peut-être à donner aux habitans des campagnes, qu'on ne détourne jamais de leurs véritables sentimens, qu'en trompant leur loyauté.

Vous pouvez donc, Messieurs, rendre ma lettre publique, en assurant à vos administrés que je me frai toujours un devoir particulier de leur donner une connaissance exacte de tout ce qui pourra contribuer à les éclairer sur leurs intérêts, et que je n'ai rien de plus à coeur que de maintenir la précieuse tranquillité dont ce département jouit, en éloignant d'eux tout ce qui tendrait à la troubler.
Pour M. le préfet, absent par congé,
Le secrétaire-général délégué,
Le Cte. D'AGRAIN DES HUDAS.

Document publié le 01-01-2004

Retour à la page principale