UFC Que Choisir de Nancy et environs

1830 - La guerre d'Algérie

Nancy, le 30 juin 1830.

MESSIEURS,

Etant bien persuadé du plaisir avec lequel vous et vos administrés apprendrez les heureuses et glorieuses nouvelles de l'armée royale d'Afrique, je vous adresse ci-après un rapport que Son Exc. le Ministre de la guerre, général en chef de cette armée, a transmis au Gouvernement. Veuillez donner à ce rapport la plus grande publicité.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération distinguée.

Le Conseiller d'État, Préfet de la Meurthe,
Cte. L. D'ALLONVILLLE.


Le Ministre de la guerre à Son Exc. M. le Président du Conseil des Ministres.

Au camp de Sidi-Ferruch, 19 juin 1830, à deux heures après midi.

PRINCE,

L'armée ennemie occupait, depuis le 15, le camp de Staoneli Le 17 et le 18 elle avait montré, en avant de nos positions, moins de monde que les jours précédens; cependant des renforts considérables lui étaient arrivés. Le 18 au soir, les contingens de Constantine, d'Oran et de Titéri, et une grande partie de la milice turque d'Alger se trouvaient réunis. La force de ces différens corps s'élevait à 40 000 hommes environ. Leur confiance était d'autant plus grande que, depuis quatre jours, l'armée française demeurait immobile dans ses positions. J'attendais, pour donner l'ordre de marcher en avant, le débarquement des moyens de transport, des subsistances et du matériel de siège.

Cette inaction avait été interprétée d'une autre manière, et l'aga d'Alger, qui marchait à la tète de la milice, crut qu'une attaque lui offrirait des chances de succès. Des batteries construites la veille, entre Staoneli et nos positions, m'avaient révélé son projet, et tout était disposé pour le bien recevoir. Le 19, à la pointe du jour, l'armée ennemie s'avança sur une ligne beaucoup plus étendue que le front de nos positions ; mais ce fut contre les brigades Clouet et Achard que se dirigèrent ses plus grands efforts. Là se trouvait la milice turque. Son attaque se fit avec beaucoup de résolution ; des janissaires pénétrèrent jusque dans les retranchemens qui couvraient le front de nos bataillons. Ils y trouvèrent la mort. La 3ème brigade de la division Berthezène et les deux premières brigades de la division Loverdo furent attaquées par les contingens d'Oran et de Constantine. Après avoir laissé l'ennemi s'avancer jusqu'au fond du ravin qui couvrait la position, le général Loverdo le fit charger à la baïonnette ; beaucoup de fantassins arabes restèrent sur la place. Après avoir repoussé l'ennemi, la brigade Clouet reprit l'offensive. L'ardeur des troupes était telle, qu'il eût été difficile de les contenir. Les brigades Achard et Poret de Morvan s'avancèrent pour soutenir la brigade Clouet. Le moment décisif était veau ; j'ordonnai l'attaque des batteries et du camp de l'ennemi. Les deux premières brigades de la division Loverdo , conduites par les généraux Damremont et d'Uzer, marchèrent en avant ; la 3ème brigade , qui avait été détachée sur la gauche , suivit , sous les ordres du général d'Arcine , le mouvement de la brigade Clouet. Trois régimens de la division d'Escars s'avancèrent pour former la réserve.

Il serait difficile de peindre l'enthousiasme que firent éclater les troupes, lorsque le signal d'attaquer le camp eut été donné. La marche se fit avec une rapidité extraordinaire. Malgré les difficultés des terrains, l'artillerie, toute de nouveau modèle, fut constamment en première ligne. Son extrême mobilité dut contribuer puissamment à l'épouvante de l'ennemi. Pour tous ceux qui ont pris part au combat de Staoneli, la question paraîtra décidée entre l'ancien et le nouveau système. Le feu des batteries qu'avait construites l'ennemi, en avant de son camp, n'arrêtèrent pas un moment nos troupes. Les huit pièces de bronze qui les armaient furent enlevées par le 20ème régiment de ligne. Les Turcs et les Arabes avaient pris la fuite de toutes parts ; leur camp tomba en notre pouvoir; quatre cents tentes y étaient dressées; celles de l'aga d'Alger, des beys de Constantine et de Titéri, sont d'une grande magnificence. On a trouvé une quantité considérable de poudre et de projectiles, des magasins de subsistances, plusieurs troupeaux de moutons, et cent chameaux environ qui vont augmenter nos moyens de transport. Nos soldats coucheront sous les tentes de l'ennemi. La conduite des troupes de toutes armes a répondu à la confiance du Roi. La plupart des officiers d'état-major n'étaient pas encore montés ; ils ont fait leur service à pied avec une ardeur infatigable. Le lieutenant-général Berthezène a conduit sa division avec le talent et le sang - froid qu'on attendait de sa vieille expérience.

Lorsque j'aurai reçu les rapports des lieutenans-généraux , je ferai connaître à Votre Exc. les officiers et les soldats qui se sont le plus distingués.

Le nombre des blessés s'élève à 300 environ. Les blessures sont généralement peu dangereuses, et la moitié de ceux qui les ont reçues ne tarderont pas à revenir sous les drapeaux.

Le débarquement continue avec une grande activité ; on a mis à terre aujourd'hui beaucoup de chevaux ; le nombre de ceux que l'on doit débarquer demain sera plus considérable encore. Le temps est superbe ; l'été qui avait été tardif paraît enfin avoir commencé. Cependant la chaleur n'est pas plus vive que celle qu'on éprouve à Paris au solstice d'été. Pendant toute la journée une brise constante a rafraîchi l'air. Dans trois ou quatre jours l'armée pourra s'approcher d'Alger. Il paraît certain que l'ennemi n'a préparé aucun moyen de défense entre cette ville et le camp.

Les Arabes se découragent; plusieurs se sont déjà présentés à nos avant-postes ; ils s'accordent à dire que la crainte que leur inspire le Dey les a fait marcher contre l'armée française.

La journée de Staoneli peut donner lieu à de nombreuses défections.

J'ai l'honneur d'être avec une haute considération,

PRINCE,

De Votre Excellence, etc.

Le lieutenant-général, commandant en chef l'armée d'expédition d'Afrique.
Signé, Cte. DE BOURMONT.


DÉPÊCHE TÉLÉGRAPHIQUE.

Le Préfet maritime de Toulon à Son Exc. le Ministre de la marine.

Toulon, le 27 juin 1830.

Six mille Arabes se sont présentés, le 20, à nos avant-postes, pour faire leur soumission à l'armée française ; on les a engagés à se retirer chez eux, et ils ont promis de le faire. Dans la nuit suivante, un autre corps d'Arabes s'est également résenté. Nos troupes se disposaient à les repousser ; mais les Arabes, après avoir déchargé leurs armes en l’air, firent leur soumission, et on leur fit la même réponse.

Ce rapport m'est fait par le capitaine Bonamour, du transport du Mithridate, parti de Sidi-Ferruch le 21, et qui est arrivé ici hier.

Document publié le 01-01-2004

Retour à la page principale