UFC Que Choisir de Nancy et environs

1830 - La neutralité du corps religieux

Nancy, le 25 août 1830.

MESSIEURS,

Je vous transmets, à la suite de cette lettre, celle que M. le Vicaire-Général , chargé de l'administration du diocèse, en l'absence de M. l'Évêque , vient d'adresser circulairement à MM. les Curés et Desservans.

Je dois compter que ces Ecclésiastiques se pénétreront de l'esprit de sagesse et de paix qui a dicté les recommandations que leur adresse un supérieur qui a droit à leur obéissance comme à leur estime; qu'ils concevront particulièrement que tout ce qui touche, soit à la politique, soit à l'administration civile, est complètement étranger à leur ministère ; qu'ainsi, soit dans leurs entretiens particuliers, soit dans la chaire, ils ne feront entendre d'autre langage , que celui de la charité , celui de la véritable piété et de la morale, qui commandent aussi le dévouement à la patrie, l'obéissance au Prince et aux lois du pays.

C'est, Messieurs, dans cet espoir que je vous invite à ne plus revenir sur le passé : si quelques Ecclésiastiques s'étaient précédemment écartés des règles de conduite qui leur sont retracées, j'aime à penser que ce n'est que parce qu'ils se seraient crus obligés d'obéir à d'imprudentes inspirations par lesquelles ils cesseront de se considérer comme liés.

Maintenant que l'autorité administrative et l'autorité ecclésiastique, supérieures s'entendent, qu'il en soit de même dans chaque commune de ce département.

A mon tour je vous recommande d'user envers MM. les Curés et Desservans de tous les égards dus à leur caractère, et de vous abstenir de vous immiscer dans aucun des détails qui se rattachent à leur ministère, hors les cas où la loi vous y appelle expressément.

Sans doute, Messieurs, s'il pouvait encore arriver qu'un Ecclésiastique méconnût ses devoirs comme Français, j'aimerais mieux, je le déclare franchement , qu'une commune fût privée de Pasteur, que de la voir réduite à en conserver un qui, au lieu d'y être ministre de bonté et de paix, ne s'y montrerait que comme agent de discorde et de trouble; et je suis persuadé que M. le Vicaire-Général , administrateur, s'unirait à moi pour faire cesser un semblable scandale : je n'hésiterais même pas, s'il y avait lieu, à provoquer toute la sévérité des lois pénales.

Je me montrerais non moins sévère, si un Maire apportait des entraves au libre exercice du culte, an lieu de le protéger, ou usait de procédés injustes ou inconvenans envers un Ecclésiastique.

Mais j'ai, de ce moment, je le répète, la confiance que la conduite de MM. les Maires et celle de MM. les Curés et desservans , les uns à l'égard des autres, ainsi que dans l'exercice de leurs fonctions respectives, ne laissera rien à désirer.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération distinguée.

Le Préfet du département de la Meurthe,
MERVILLE.

Évêché de Nancy et de Toul.

Nancy, le 22 août 1830.

MONSIEUR LE Curé,

Un nouveau monarque vient d'être placé sur le trône de France. Louis- Philippe 1er est maintenant notre Roi : nous lui devons obéissance et soumission. Dans tous les temps les Ministres de la religion de Jésus-Christ se sont fait, à l'exemple de notre divin Maître, un devoir d'exhorter les fidèles à la soumission et au respect envers les Princes qui les gouvernaient. Nous devons enseigner la même doctrine aux fidèles confiés à nos soins.

N'oubliez jamais, Monsieur le Curé, que le ministère que nous exerçons est un ministère de charité et de paix; que nous devons concourir à faire respecter les autorités et à leur assurer la considération qui leur est nécessaire pour opérer le bien et empêcher le mal.

Je ne puis trop vous recommander d'user de la plus grande prudence dans vos discours et dans vos démarches ; évitez tout ce qui pourrait donner atteinte à l'administration; surtout abstenez-vous scrupuleusement, dans vos instructions et dans vos entretiens particuliers, de toute personnalité et de toute application injurieuses et capables de blesser.

Enfin, Monsieur, vous emploierez tous les moyens qui sont en votre pouvoir pour entretenir la paix et la concorde parmi vos paroissiens, en les rappelant sans cesse à la pratique de cette charité chrétienne dont nous devons être tous animés les uns envers les autres, en songeant que nous ne formons qu'une même famille, que nous sommes tous frères et que Dieu est notre père commun. Désormais à tontes les messes de paroisse vous chanterez le Domine, salvum fac regem , et dans l'oraison qui suit vous substituerez au nom de Carolus les noms Ludovicus Philippus.

J'aime à croire d'ailleurs que vous vous êtes déjà conformé à ces dispositions.

J'ai l'honneur de vous saluer, Monsieur le Curé, avec une considération très-distinguée.

ANTOINE, Vicaire- Général.

P. S. Il arrive souvent que la malveillance se plait à semer de fausses nouvelles pour échauffer les esprits et les indisposer, soit contre le gouvernement , soit contre une classe particulière de la société; faites tous vos efforts pour empêcher que de pareils bruits ne s'accréditent, en montrant combien ils sont ridicules et dangereux.

Collationné par nous, Secrétaire-Général de la Préfecture,
HATTE DE CHEVILLY.

Document publié le 01-01-2004

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