UFC Que Choisir de Nancy et environs

1830 - Les conseils agricoles du Préfet

Nancy, le 12 janvier 1830.

MESSIEURS,

Les pluies qui sont tombées , presque sans interruption, pendant l'automne dernier , n'ayant peut-être pas permis d'ensemencer toutes les terres qui avaient été préparées pour recevoir du froment de la saison , il m'a paru utile de donner ici l'extrait d'une instruction qui a été rédigée en 1816, par la Société royale et centrale d'agriculture, sur les plantes qui peuvent être mises dans les terres que les pluies d'automne ont empêché d'ensemencer, et sur quelques cultures susceptibles, à raison de leur précocité, de fournir de bonne heure des substances nutritives.

Heureusement, Messieurs, nous sommes loin de nous trouver dans une situation aussi fâcheuse que celle dans laquelle les intempéries des saisons nous avaient placés en 1816. Ce n'est point cependant un motif pour négliger les moyens de mettre à profit les heureux résultats qu'ont obtenus des agriculteurs distingués. Quelle que puisse être la petite quantité de terres qu'il n'a pas été possible d'ensemencer en automne , il en résultera toujours pour le pays , une perte réelle qu'il est important de réparer, ou du moins d'atténuer, en tirant de ces terres les produits qu'elles peuvent encore offrir.

La première idée qui se présente, c'est d'y mettre les grains qu'on sème après l'hiver ou à la fin de l'hiver.
Le plus profitable, celui sur la récolte duquel on peut toujours compter, à moins de circonstances de la température qui pourraient lui être contraires, c'est le blé dit de mars; et il serait à désirer que les cultivateurs s'en procurassent dès à présent, pour en ensemencer toutes les terres que les pluies ne leur ont pas permis d'ensemencer en froment d'automne.

A défaut de blé de mars, on peut semer avec avantage de l'orge ordinaire, dont il existe plusieurs variétés. On doit avoir soin de choisir l'espèce qui convient le mieux aux terres auxquelles on veut la confier. Chacun sait avec quelle facilité elle végète et combien la récolte en est abondante : elle égale en valeur de produit celle du blé de mars, quand elle est semée dans un terrain qui lui convient et dans les années qui la favorisent. L'orge a toujours eu dans nos climats, le mérite de remédier à la pénurie du froment. En 1709, dont l'hiver fut des plus désastreux , les blés ayant péri par l'effet des gels et dégels répétés et subits , on retourna les champs pour remplacer les blés par de l'orge , qui eut un succès au-delà de toute espérance. Sa farine, unie à celle du froment, fait du bon pain lorsqu'on n'en met qu'une juste proportion, et qu'on y joint plus ou moins d'eau, selon que ces farines sont sèches ou humides. D'ailleurs ce grain ne devant pas être semé aussitôt que le blé de mars, donne le temps de disposer la terre.

L'orge est originaire des climats chauds ; elle convient mieux par cette raison, aux terres sèches et divisées, qu'à celles qui sont fraîches et compactes. Ces dernières, pour pouvoir être ensemencées en orge, ont besoin d'être ameublies, par des labours, et totalement ressuyées. Dans les environs de Paris, c'est à la fin de mars et au commencement d'avil qu'on sème l'orge. Trois mois suffisent, comme on le sait, pour accomplir sa maturité.
Aux blés de mars et à l'orge, on peut très-utilement ajouter le maïs, ainsi que les légumes secs de toutes espèces, qui procurent une nourriture abondante et précieuse, même dans les années de bonne récolte, et à plus forte raison lorsque la récolte des grains a pu laisser quelque chose à désirer.

Mais ce qu'il est surtout important de recommander à la sage prévoyance des cultivateurs, c'est la culture en grand des pommes de terre, en ayant soin d'en planter de l'espèce hâtive. Il est vivement à désirer que toutes les terres disponibles reçoivent la semence de cet excellent tubercule, qui doit être considéré comme un des dons les plus précieux que l'homme ait reçus de la main de la Providence, et comme l'a dit le savant Adam Smith : « Le plus riche présent que le nouveau continent (l'Amérique) ait fait à l'ancien. »

Je le répète, Messieurs, rien ne peut nous donner de sérieuses inquiétudes pour la récolte prochaine ; mais il est de la prudence de ne rien négliger pour prévenir tout déficit, en multipliant nos ressources et en tirant tout le parti possible des terres qui, ayant été préparées pour être ensemencées en froment dans l'automne dernier, n'ont pu l'être à cause de l'abondance des pluies. J'appelle toute l'attention de MM. les Sous-Préfets et Maires sur cet objet important, et je recommande à MM. les Maires en particulier, de donner connaissance de cette lettre aux cultivateurs de leurs communes. J'apprendrai avec le plus grand intérét tout ce qui aura été fait pour utiliser les terres qui n'ont pu être ensemencées avant l'hiver, et je prie MM. les Sous-Préfets et Maires de vouloir bien m'en informer dans le courant du mois d'avril prochain.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération distinguée.

Le Conseiller d'État, Préfet de la Meurthe,
Cte. L. D'ALLONVILLE.

Document publié le 01-01-2004

Retour à la page principale