UFC Que Choisir de Nancy et environs

1830 - Les précautions contre l'insalubrité

Nancy, le 21 juillet 1830.

MESSIEURS,

Comme il pourrait résulter des maladies de la stagnation des eaux, à la suite des inondations qui ont eu lieu par le débordement de la Seille dans les communes qui en sont riveraines, j'ai l'honneur de vous envoyer ci-après une Instruction qui a été rédigée par la Société de médecine de Metz, sur les moyens à employer pour détruire les causes d'insalubrité produites par ces inondations. Je vous prie de vouloir bien lui donner la plus grande publicité et d'engager vos administrés à employer les moyens qui y sont indiqués.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération distinguée.

Le Conseiller d'État, Préfet de la Meurthe,
Cte. L. D'ALLONVILLE.

INSTRUCTION sur les moyens à employer pour détruire les causes d'insalubrité occasionnées par les inondations.

Les inondations qui ont eu lieu dans les mois de juin et de juillet n'ont pas eu seulement pour résultat de détruire ou d'altérer les fourrages : la stagnation des eaux dans les terrains bas , la putréfaction des matières animales ou végétables qu'elles ont entraînées et déposées sur le sol, leur séjour plus ou moins prolongé dans les caves et la partie inférieure des maisons de quelques villages, pourraient, surtout avec une température chaude , telle que celle que nous éprouvons aujourd'hui , exercer une influence nuisible sur la santé des personnes qui habitent les lieux inondés ou qui s'y livrent aux travaux de l'agriculture. La présente Instruction a pour objet d'indiquer les moyens à employer pour se préserver des effets de ces diverses causes d'insalubrité.

Desséchement des terrains où l'eau est restée en stagnation.

Il importe de lever autant que possible les obstacles qui s'opposent au dessécliement de ces terrains, en déblayant les amas de terre, de sable et d'herbe, en coupant les digues naturelles, en pratiquant des saignées et des rigoles.

Si l'on peut réunir en tas et brûler les matières en décomposition que les eaux ont laissées sur le sol en se retirant, en les mêlant à du bois sec, ce moyen ne doit pas être négligé.

Assainissement des habitations dans lesquelles l'eau a séjourné.

Dans les villages qui ont été inondés, il convient de favoriser l'écoulement des eaux stagnantes, d'enlever les fumiers et les boues, de les entasser à quelque distance des habitations, et autant que possible, à l'est. Le vent de l'ouest étant dominant dans le pays, on doit s'abstenir avec le plus grand soin de les placer dans cette direction.

Après l'écoulement des eaux , les maisons seront lavées ; les portes et les fenêtres en demeureront ouvertes toute la journée , et seront fermées pendant la nuit; de grands feux clairs seront allumés dans tous les foyers. Pendant plusieurs jours on répandra sur le sol un peu de chlorure de chaux dissous dans de l'eau.

Les chambres basses, les celliers et les caves seront bien aérés après en avoir extrait ou fait écouler l'eau ; et l'on pourra y répandre une couche de plâtras, qui a la propriété d'absorber très vite l'humidité.

Les habitans feront bien de n'habiter tout ou partie de leurs maisons que quand ou n'y remarquera plus d'humidité, et que toute odeur marécageuse sera dissipée.

Soins de santé pour les habitans. - Nourriture, vêtemens.

Les ouvriers occupés aux travaux d'assainissement qui viennent d'être indiqués, ou à tous autres dans les lieux où l'eau a séjourné et laissé de l'humidité, doivent n'arriver sur le terrain que quelques heures après le lever du soleil, et jamais à jeun ; il sera même utile qu'ils boivent un peu d'eau-de-vie avant de s'y rendre.

La nourriture doit être aussi saine que possible; l'eau pure, comme boisson, serait dangereuse si elle était prise en grande abondance : on doit, si on le peut, en corriger la crudité en y ajoutant une petite quantité d'eau-de-vie.

Il importe de se laver soir et matin le visage et les mains avec de l'eau vinaigrée , de se vêtir chaudement, de changer, après le travail , le linge mouillé et les habits humides, et de les exposer à un courant d'air sec jusqu'au lendemain. On conseille l'usage des gilets de laine à ceux qui pourraient s'en procurer. Rien ne serait plus dangereux que de s'endormir sur la terre humide.

Toutes ces précautions sont applicables, non-seulement aux ouvriers, mais encore aux habitans des villages riverains des rivières et des ruisseaux sujets à se déborder. MM. les Maires doivent considérer comme un de leurs principaux devoirs d'user de toute leur influence pour qu'on n'en néglige aucune. Les bureaux de bienfaisance ne pourraient, de leur côté, faire un meilleur emploi des fonds dont ils disposent, que de donner aux indigens les moyens de s'y conformer.

Document publié le 01-01-2004

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