UFC Que Choisir de Nancy et environs

1890 - Les règles de la crémation

Monsieur le Préfet,

Le titre III du décret du 27 avril 1889, portant règlement d'administration publique pour l'exécution de la loi du 15 novembre 1887 sur la liberté des funérailles, détermine les conditions suivant lesquelles seront faites les incinérations régulièrement autorisées.

M. le Préfet de la Seine, se préoccupant des demandes qui pourraient être adressées à ses collègues dans les départements en vue d'obtenir l'autorisation de transporter des corps à l'appareil crématoire de la ville de Paris, m'a prié de fixer les conditions auxquelles devraient satisfaire les cercueils renfermant les dépouilles mortelles destinées à être incinérées.

Dans l'état de nos moeurs, il a paru que le respect dû aux morts ne permettait pas de retirer le cadavre de la bière pour le livrer nu aux flammes et qu'il convenait de brûler, avec le corps, l'enveloppe qui le contient.

Il importe, en conséquence, dans la confection des cercueils qui seront introduits dans le four crématoire ainsi que dans le choix des désinfectants, d'écarter certaines matières dont la combustion présenterait des dangers ou des difficultés spéciales.

Les expériences qui ont été faites ont démontré qu'il convenait de ne point livrer aux flammes diverses substances dont l'emploi a été prescrit pour le transport des corps par M. le Préfet de police dans son instruction du 1er mai 1860 relative aux opérations concernant les décès. Ces substances sont : le bois de chêne, le plomb et un mélange pulvérulent composé de tan et de charbon. En effet, les cercueils en chêne fort ne brûlent que difficilement et laissent comme résidus des braises qui se mélangent avec les cendres. D'autre part, le plomb des cercueils soumis à la température élevée du four crématoire forme avec la silice des briques un composé chimique qui amène la destruction rapide du four. Enfin, la poudre de tan et de charbon pulvérisé peut former à la chaleur un mélange détonant et amener une explosion.

Le comité consultatif d'hygiène publique de France, saisi de l'examen de cette question, a émis un avis en conformité duquel il y a lieu de prescrire deux séries de mesures devant être prises les unes au domicile mortuaire, les autres au monument crématoire.

1° AU DOMICILE MORTUAIRE.

Le corps sera placé dans un cercueil en bois léger, de préférence en bois de peuplier et à défaut de bois de peuplier, en bois de sapin, de bouleau ou d'aulne.

Les dimensions de ce cercueil ne pourront excéder les mesures suivantes : longueur 2 mètres, largeur 0m,60, hauteur 0m,50. Les parois intérieures de ce cercueil seront badigeonnées au goudron ; cet enduit devra être appliqué de façon que les joints soient rendus bien étanches. Le cercueil sera garni intérieurement de toile caoutchoutée ou de carton bitumé en un seul morceau et plié de telle façon qu'il en résulte une sorte de cuvette bien étanche capable de retenir les liquides qui s'échapperaient du corps. Le vide entre le corps et la toile caoutchoutée ou le carton bitumé sera comblé par une des substances absorbantes suivantes : poudre de tourbe, déchet de coton, sciure de bois. Ces substances seront introduites par couches et chaque couche sera légèrement imbibée d'une solution phéniquée forte ; la totalité du liquide employé ne devra pas dépasser 400 grammes.

Si le transport du corps doit avoir lieu à une distance moindre de 200 kilomètres, ce premier cercueil sera renfermé dans une bière en chêne ou en bois présentant une solidité égale ; les parois auront 25 millimètres d'épaisseur ; elles seront assemblées à vis de façon à pouvoir être démontées rapidement ; elles seront consolidées au moyen de deux frettes en fer vissées.

Si la distance à parcourir est de 200 kilomètres et au-dessus, le premier cercueil en bois léger sera enveloppé dans un cercueil confectionné. avec des lames de plomb de 2 millimètres et demi d'épaisseur et parfaitement soudées entre elles. Le cercueil en bois et celui en métal seront complètement indépendants l'un de l'autre.
Le cercueil en plomb sera renfermé lui-même dans le cercueil extérieur en chêne ou en bois dur dont il vient d'être fait mention.

2° AU MONUMENT CRÉMATOIRE.

Le corps devra être incinéré dans les vingt-quatre heures qui suivront son arrivée dans le monument crématoire.

Si le corps est enfermé dans une triple enveloppe, on dévissera le cercueil extérieur en bois et ou placera le cercueil en métal sur une table formée d'une substance imperméable aux liquides.

Avant d'ouvrir le cercueil en plomb, ou y pratiquera un orifice très petit pour donner issue aux gaz, lesquels seront désodorisés à leur sortie.

On ouvrira le cercueil en plomb de façon à pouvoir en extraire facilement le cercueil intérieur en bois qui sera aussitôt introduit dans le four crématoire.

Si des liquides s'étaient écoulés hors du cercueil intérieur en bois, on les essuierait soigneusement avec des chiffons imbibés d'une solution phéniquée à 5 p. 100 qu'on brûlerait aussitôt dans un foyer.

Aussitôt après l'extraction du cercueil intérieur en bois, le cercueil en plomb sera désinfecté à fond par le procédé du flambage.

Seul le cercueil intérieur en bois léger devra être introduit dans le four crématoire. Il en sera ainsi alors même que ce cercueil ne serait point enveloppé de plomb et serait enfermé uniquement dans une bière de chêne ou de bois dur.

Vous voudrez bien, Monsieur le Préfet, porter ces instructions à la connaissance des Maires de votre département et m'accuser réception de la présente circulaire.

Recevez, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma considération la plus distinguée.

Le Ministère de l'intérieur,
Pour le Ministre et par autorisation ;
Le Directeur de l'assistance et de l'hygiène publiques,
H. MONOD.


Le Préfet de Meurthe-et-Moselle a l'honneur d'appeler l'attention de MM. les Maires sur les instructions qui précèdent et les invite à veiller, le cas échéant, à leur stricte exécution.

Nancy, le 29 mai 1890.

Le Préfet, Léon STÉHELIN.

Document publié le 01-01-2004

Retour à la page principale