UFC Que Choisir de Nancy et environs

1892 - Le danger des engrais

Nancy, le 19 mars 1892.

A Messieurs les Maires du département.

J'ai l'honneur de vous adresser l'avis ci-après qui est d'un intérêt sérieux pour l'agriculture. Je vous serai obligé de vouloir bien le porter à ta connaissance de vos administrés.

Agréez, Messieurs, l'assurance de ma considération très distinguée.

Le Préfet, Léon STEHELIN.

AVIS.

Depuis la promulgation de la loi du 4 février 1888 et du décret complémentaire du 10 mai 1889, les vendeurs d'engrais sont tenus d'indiquer sur leurs factures le titre en principes utiles des matières vendues.

Cette disposition dont la non-observation placerait le marchand sous le coup de poursuites judiciaires se trouve tournée de la manière suivante : ce ne sont plus des engrais qu'on offre ; on donne à divers ingrédients des noms différents : « Insecticides anticryptogamiques, - engrais germinateurs, - provendes, etc. »

Ces différents produits sont présentés à la bonne foi de l'agriculteur sous le couvert de pompeuses réclames qui, naturellement, vantent leurs mérites trop souvent imaginaires.

Dans tous les cas, sans exception, l'intention frauduleuse est manifeste ; le marchand n'a d'autre but que de faire payer dix ou vingt fois leur valeur réelle des substances qu'il est facile de se procurer pour un prix modique. Le seul talent du vendeur consiste à présenter le produit comme nouveau, après y avoir apposé une étiquette avec un nom quelconque.

Les mélanges les plus extraordinaires sont ainsi présentés : on allie de mille façons la chaux, le soufre, le sel de cuisine, le plâtre, etc. ; généralement des produits de minime valeur, et qui sont ainsi offerts à nos agriculteurs pour des prix variant de deux à cinq francs le kilogramme. - Depuis que le cuivre a été employé avec succès dans les traitements contre le mildiou, on ajoute quelquefois un peu de sulfate de cuivre.

Dans deux seuls cantons du département, les transactions faites sur ces matières s'élèvent au chiffre énorme de vingt mille francs ; et il est présumable qu'il en est de même dans d'autres parties du territoire.

Dans l'état actuel de la législation, les tribunaux paraissent impuissants à réprimer le mal, sauf dans quelques cas très spéciaux. Les vendeurs s'abritent sous le couvert d'un marché honnêtement conclu, commercialement parlant, et échappent ainsi aux poursuites.

En vue de mettre en garde les agriculteurs contre les industriels qui les exploitent, il serait bon de porter le présent avis à leur connaissance.

D'un autre côté, la station agronomique de Nancy est une source de renseignements précieux, pour les intéressés ; il ne tient qu'à eux de s'adresser à elle chaque fois qu'une manoeuvre déloyale viendrait à être tentée, l'intervention de son directeur, sollicitée à temps, serait de nature à l'empêcher.

Document publié le 01-01-2004

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