UFC Que Choisir de Nancy et environs

1892 - Les dangers de la Hongrie

Nancy, le 6 janvier 1892.

Messieurs,

Le Gouvernement a été avisé des agissements de plusieurs bureaux de placement de cette région qui recrutent en France, à l'aide de promesses fallacieuses, des jeunes filles, mineures pour la plupart, à destination de la Hongrie.

Ces émigrantes ont à se plaindre, à tous points de vue, du sort qui leur est réservé. Trompées sur la quotité des gages comme sur la nature de l'emploi, elles sont généralement placées dans des maisons plus que modestes où leur situation laisse autant à désirer au point de vue moral qu'au point de vue matériel. Le contrat qui les lie est rédigé de façon à n'avoir de valeur que contre elles ; aussi, après avoir subi des privations et des mauvais traitements, après avoir été en butte, comme il arrive souvent, à des obsessions outrageantes de la part de leurs maîtres, elles sont congédiées sans ressources et livrées à la merci de placeurs étrangers qui ne se font aucun scrupule de les livrer à la prostitution, en abusant de leur dénuement et de leur inexpérience.

Des renseignements recueillis, il résulte que des bureaux de placement exploitant spécialement nos jeunes compatriotes, sont établis en Meurthe-et-Moselle et entretiennent des relations d'affaires à Genève, à Vienne et à Buda-Pesth avec des offices de même nature, qui, pour la plupart, ne sont rien moins que recommandables. C'est ainsi que se pratique une véritable traite de prétendues servantes ou institutrices françaises.

En vous signalant les faits précités, j'ai l'honneur de vous prier de mettre vos administrés en garde contre les agissements des bureaux de placement interlopes et de prêter ainsi votre concours à l'administration pour enrayer leur honteux trafic.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération très distinguée.

Le Préfet, Léon STÉHELIN.

Document publié le 01-01-2004

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