UFC Que Choisir de Nancy et environs

1897 - Les ateliers publics

Nancy, le 8 mars 1897.

Messieurs,

Le Conseil supérieur du travail a émis le vœu que le Gouvernement portât à la connaissance des municipalités les observations auxquelles a donné lieu l'exécution des travaux de secours contre le chômage entrepris déjà par un certain nombre de communes, pendant les années 1890 à 1895.

Voici le texte de ces observations :

« 1° Les travaux entrepris doivent être des travaux d'utilité générale, mais non urgents, pouvant être ajournés et repris sans préjudice de leur bonne exécution : construction et entretien des routes et chemins, défrichement, labourage à la bêche, reboisement, curage des cours d'eau, cassage de pierres pour l'entretien des chaussées, etc. ;
2° Pour éviter l'encombrement des chantiers par les habitants des localités voisines, exiger une durée déterminée de domicile dans la commune ;
3° Donner, dans tous les cas où cela est possible, la préférence au travail à la tâche. Le travail à la journée exige un surcroît de surveillance, surtout dans les chantiers de secours, et donne presque toujours des résultats inférieurs au travail à la tâche ;
D'autre part, lorsque dans certains cas spéciaux, on est obligé d'avoir recours au travail à la journée, comme on ne peut donner à des chômeurs, ouvriers inhabiles, le prix de journée normal des professionnels, on risque d'encourir le reproche de spéculer sur le chômage pour faire exécuter les travaux au rabais.
Il est nécessaire, dans tous les cas, d'appeler l'attention des administrations intéressées sur la nécessité d'une ferme discipline et d'une grande vigilance ayant pour but de prévenir les abus qui se glissent aisément dans les chantiers de cette nature ;
4° Laisser à l'ouvrier le temps de chercher du travail dans l'industrie privée et, pour cela, n'ouvrir les chantiers de secours que six ou huit heures par jour, ou ne faire travailler à journée pleine que par périodes alternatives de trois, quatre ou six jours ;
5° La création de chantiers pour chômeurs est préférable à la distribution de secours en nature ou en argent. Les avantages moraux qu'elle présente sont incontestables. Elle conserve la dignité de l'ouvrier, qui a conscience de faire oeuvre utile, elle le garde de l'oisiveté, de l'intempérance, et permet de combattre efficacement la paresse et la mendicité ;
6° Les communes doivent éviter, dans la mesure du possible, d'entreprendre des travaux publics importants lorsque les travaux particuliers sont très actifs ; il est préférable qu'elles réservent leur exécution pour les périodes de ralentissement des constructions privées ;
7° Un rapport annuel fera connaître les résultats et les conditions d'exécution des travaux de secours contre le chômage, organisés par les municipalités. »

Je vous prie, Messieurs, de prendre bonne note de ces indications et de vous y conformer, le cas échéant.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération très distinguée.

Le Préfet, Léon STEHELIN.

Document publié le 01-01-2004

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