UFC Que Choisir de Nancy et environs

1895 - Les centres d'acceuils communaux

Nancy, le 19 mars 1895.

Messieurs,

L’ attention de M. le Ministre de l'intérieur est appelée sur les abris communaux institués dans nombre de localités à l'effet de recevoir momentanément les voyageurs indigents et les mendiants de passage. Ces abris paraissent constituer un élément utile pour prévenir certains inconvénients du vagabondage et de la mendicité dans les campagnes. Mais actuellement les municipalités les créent sans méthode, sans vues d'ensemble, sans prendre le plus souvent à leur égard aucune mesure d'hygiène et de salubrité. On dépense ainsi beaucoup d'argent pour n'obtenir que des résultats insuffisants ou même dangereux.

M. le Ministre ayant décidé de faire procéder à une enquête sur les abris ou asiles de nuit communaux, j'ai l'honneur de vous prier de me faire connaître directement avant le 1er avril en ce qui concerne l'arrondissement de Nancy et à MM. les Sous-Préfets pour les autres arrondissements. le nombre des abris de ce genre qui existent dans votre commune, leur répartition, leur organisation, le nombre et les catégories de voyageurs
qu'ils reçoivent, les mesures d'hygiène adoptées pour assurer la salubrité des asiles et prévenir les dangers de contagion qu'ils présentent. Sur ce dernier point, je vous rappelle que les précautions hygiéniques à observer relativement aux refuges de nuit ont déjà fait le sujet de la circulaire ministérielle du 25 juin 1894 insérée au n° 17 du Recueil des Actes administratifs de l'année 1894.

Ces instructions, relatives aux mesures à prendre pour éviter la propagation du typhus, exposaient que cette affection éminemment contagieuse était le plus souvent transportée par les vagabonds, les cheminaux, les saltimbanques, tous ceux en un mot qui mènent une existence nomade. « Il faut donc, y était-il dit, considérer ces individus comme suspects et exercer sur eux et sur les locaux dans lesquels ils sont admis une surveillance particulière. »

Des précautions indiquées, les unes concernent les voyageurs indigents, les autres les locaux qui les abritent.

MESURES CONCERNANT LES VOYAGEURS.

La mesure la plus efficace consiste à faire procéder à la désinfection des effets de corps portés par ces voyageurs et à faire cette désinfection dès le seuil de l'établissement qui doit, en conséquence, être pourvu des moyens de vêtir les hospitalisés pendant le temps qu'il les recueille. Les personnes recueillies ne doivent repartir qu'avec des vêtements désinfectés. Ces personnes devraient en outre être mises à même, autant que possible, de prendre une douche ou un bain. La désinfection sera effectuée soit à l'étuve, soit, si l'on ne dispose pas d'étuve, par l'immersion des effets, linges de corps, pendant trois heures dans un baquet contenant de l'eau additionnée de sublimé à 1 p. 1,000.

Tout cas de maladie suspecte doit être immédiatement porté à la connaissance de l'administration par les directeurs d'asile, les hôteliers, les agents de police ou les gardes champêtres et le malade doit être isolé soit dans un hôpital, soit dans un local spécial.

MESURES CONCERNANT LES LOCAUX.

Les administrations municipales doivent pratiquer la désinfection fréquente des locaux appelés à recevoir les vagabonds, des draps et des objets de literie dont ils se sont servis. Les principales précautions à prendre sont les suivantes :
Laver tous les matins les locaux à l'eau phéniquée ; blanchir les murs à la chaux tous les huit jours ; laver à l'eau phéniquée les lits de camp, là où il en existe, et désinfecter à l'étuve, à l'acide sulfureux ou au sublimé les objets de literie. Là où les voyageurs couchent sur la paille, brûler tous les matins cette paille et la remplacer par de la paille fraîche.

Quant aux établissements privés, aux auberges ou aux roulottes, il importe d'en assurer la désinfection par tous les moyens dont les municipalités disposent et, toutes les fois que la chose sera possible, en faisant comprendre aux propriétaires l'importance de cette mesure prophylactique.

Vous voudrez bien indiquer si les mesures de salubrité prescrites par ces instructions sont appliquées dans les abris communaux de votre localité.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération la plus distinguée.

Le Préfet, Léon STEHELIN.

MM. les Sous-Préfets sont instamment priés d'adresser le travail récapitulatif de leur arrondissement avant le 5 avril à la Préfecture, avec un rapport.

Document publié le 01-01-2004

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