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1900 - La lutte contre l'alcoolisme

En présence des ravages sans cesse grossissants causés par l'abus des boissons alcooliques, le Préfet de Meurthe-et-Moselle se fait un devoir de signaler à l'attention des populations du département l'avis ci-dessous qu'il a demandé à la Société de médecine de Nancy et auquel s'est associé, à la presque unanimité, le personnel médical de Meurthe-et-Moselle.

Nancy, le 3 janvier 1900.
Le Préfet, JOUCLA-PELOUS.

L'abus des boissons alcooliques a des conséquences déplorables au point de vue financier, physique, intellectuel et moral. Il fait courir à notre pays le plus grave danger. Par une progression régulière et effrayante, en cinquante ans, la consommation de l'alcool a quadruplé en France, faisant sur trente-six millions de Français, au moins quatre millions d'alcooliques. Bien plus, alors que la consommation de l'alcool diminue chez toutes les nations civilisées, elle augmente de jour en jour en France. Nous étions, en 1855, au dernier rang au point de vue de la consommation de l'alcool, nous sommes maintenant au premier rang.

Dans le département de Meurthe-et-Moselle, la consommation a passé de 12,000 hectolitres d'alcool pur en 1880 â 20,000 hectolitres en 1898 !

Il est scientifiquement prouvé que l'alcool est un poison, non seulement l'alcool de marc, de grains, de betterave, de pomme de terre, etc., mais surtout l'alcool parfumé, tel que l'absinthe, dont l'essence est par elle-même toxique.

Le vin, la bière, le cidre, renferment également de l'alcool ; un litre de bon vin contient plus de cent grammes d'alcool pur. Prises en excès (plus d'un litre de vin par jour), ces boissons sont absolument nuisibles.

L'alcool excite l'homme, mais ne lui donne pas de force. Il a sur notre organisme une action délétère. Il facilite le développement de la tuberculose, il provoque des lésions profondes de l'estomac, du foie, des reins, du coeur. Il agit d'une façon si évidente sur le système nerveux, que depuis trente ans le nombre des aliénés a triplé dans nos asiles ; l'alcool abâtardit l'espèce ; il diminue le chiffre des naissances et augmente celui de la mortalité infantile ; c'est ainsi que sur 57 enfants de buveurs, 9 seulement ont vécu et se sont développés normalement. Par l'alcool le nombre des suicides a plus que doublé ; enfin par l'alcool aussi la criminalité suit une ascension continue, envahissant même le jeune âge.

Sur cent cas de meurtre 63 sont commis en état d'ivresse.
- de blessures graves 74 id.
- de blessures légères 63 id.
- de rébellion 76 id.
- d'outrages aux mœurs 77 id.

Si, d'autre part, on étudie l'influence néfaste de l'alcool sur la richesse publique, on voit qu'en Angleterre les ouvriers avaient dépensé en trois ans neuf milliards en boissons fortes.

En France, les dépenses indirectement causées par l'alcoolisme sont les suivantes :

Journées de travail perdues 1 milliard 340,000,000
Frais de traitement de chômage 71,000,000
Frais occasionnés par les aliénés 2,650,000
Suicides et morts accidentelles 2,000,000
Frais de répression pour les crimes 8,894.000
TOTAL : 1 milliard 424,544,000

Enfin, le ministre des affaires étrangères des États-Unis disait, il y a quelques années : « En dix ans l'alcool a coûté à l'Amérique une dépense directe de 15 milliards et une dépense indirecte de 3 milliards. Il a envoyé
100,000 enfants dans les établissements de charité, 150,000 condamnés dans les prisons, 10,000 aliénés dans les asiles. Il a causé 1,500 assassinats, 2,000 suicides, fait 2,00,000 veuves et un million d'orphelins. »

Ces chiffres n'ont pas besoin de commentaires. Ils montrent suffisamment quel péril court un pays du fait de l'alcool. Si nous voulons que nos populations restent saines et fortes, il faut les arracher à cette décadence irrémédiable, car un peuple alcoolisé est un peuple déchu.

Il est bon que tous ceux qui peuvent exercer une influence morale sur leurs concitoyens réunissent leurs efforts pour lutter contre l'alcoolisme. Ils aideront ainsi à délivrer notre pays du mal qui le ronge ; ils fera oeuvre de relèvement moral et de régénération sociale.

MM. les docteurs :

Aimé, membre de la Société de médecine, à Nancy ;
André (Charles-Albert), membre de la Société de médecine, à Nancy ;
André (Charles-Paul), agrégé, membre de la Société de médecine, à Nancy ;
Andreux, médecin de l'assistance publique, à Pont-Saint-Vincent ;
Baraban, professeur à la Faculté de médecine, à Nancy ;
Barth, à Vézelise ;
Barthélemy, médecin de l'assistance publique, à Bernécourt ;
Bastien, médecin de l'assistance publique, à Essey-et-Maizerais ;
Banquet, à Badonviller ;
Bertrand, médecin de l'assistance publique, à Thiaucourt ;
Bernheim, professeur à la Faculté de médecine, membre de la Société de médecine, à Nancy ;
Boissat, à Foug ;
Bouchon, à Toul ;
Bourgraff, à Hussigny ;
Braun, chef de clinique, membre de la Société de médecine, à Nancy ;
Breul, médecin de l'assistance publique, à Nancy ;
Brocard, médecin de l'assistance publique, conseiller général, à Nomeny ;
Brullard, à Gondreville ;
Cadiot, médecin de l'assistance publique, à Vandeléville ;
Caye, à Nancy ;
Charpentier, professeur à la Faculté de médecine, membre de la Société de médecine, à Nancy ;
Chevalot, à Joeuf ;
Chrétien, professeur à la Faculté de médecine, à Nancy ;
Chrétien, à Rosières-aux-Salines ;
Colliez (E.), à Longwy-Bas ;
Colliez (M.), à Longwy-Bas ;
Contal, médecin de l'assistance publique, à Blénod-lès-Toul ;
Créhange, à Longwy-Bas ;
Demange (E.), directeur du service départemental d'assistance médicale, professeur à la Faculté de médecine, à Nancy ;
Demange (J.), chef de clinique, membre de la Société de médecine, à Nancy ;
Didry, à Briey ;
Duffner, à Nancy ;
Dupont, à Toul ;
Duprey, à Saint-Nicolas ;
Durouaux, à Longuyon ;
Etienne (Pierre-P), membre de la Société de médecine, à Nancy ;
Etienne (G.), agrégé, membre de la Société de médecine, à Nancy ;
Feuillade, à Longuyon ;

Document publié le 01-01-2004

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