UFC Que Choisir de Nancy et environs

1901 - La prévention de la tuberculose

Nancy, le 25 juin 1901.

Messieurs,

J'ai l'honneur de vous donner ci-après le texte d'une circulaire, en date du 15 juin courant, par laquelle M. le Président du Conseil, Ministre de l'intérieur et des cultes, appelle l'attention des administrations publiques sur les moyens pratiques de combattre la propagation de la tuberculose.

Je vous serai obligé de vouloir bien porter les instructions qu'elle renferme à la connaissance des commissions administratives des hospices, hôpitaux et bureaux d'assistance.

Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération très distinguée.

Le Préfet, JOUCLA-PELOUS

Paris, le 15 juin 1901.

Le Président du Conseil, Ministre de l'Intérieur et des Cultes à Messieurs les Préfets.

La Commission, instituée par mon arrêté du 22 novembre 1899 à l'effet de rechercher les moyens pratiques de combattre la propagation de la tuberculose a formulé, à la suite de rapports qui ont été publiés par ses soins et qui vous ont été adressés, une série de propositions dont les administrations publiques doivent s'inspirer. Parmi ces propositions, il en est qui visent plus spécialement les mesures â prendre par les hospices, hôpitaux et bureaux d'assistance.

Plus encore que tous autres services publics, les établissements de bienfaisance doivent apporter toute leur vigilante attention à combattre la propagation de la tuberculose. Ce n'est pas seulement pour eux l'accomplissement d'un devoir social qui s'impose à tous, c'est aussi l'exécution d'une obligation qui incombe d'une manière plus spéciale et plus pressante, à raison de leur caractère philanthropique, aux hospices, aux hôpitaux, aux bureaux d'assistance. Il convient que les établissements de bienfaisance donnent ici l'exemple et contribuent à rendre plus générale, plus efficace, l'application des moyens pratiques propres à enrayer le mal. Ils y sont d'ailleurs directement intéressés car la tuberculose, en absorbant des ressources qui eussent pu servir à l'assistance d'autres misères, pèse lourdement sur leurs finances.

A. - HOSPICES ET HÔPITAUX.

En ce qui concerne les hospices et hôpitaux, les mesures qu'il importe de prendre, si elles ne sont pas déjà prises, se référent : 1° aux hospitalisés, 2° au personnel de l'établissement.

1° Jusqu'à ce qu'ils puissent être reçus dans des établissements spéciaux, les hospitalisés atteints de tuberculose seront, s'il est possible, placés dans un quartier, une chambre ou une salle d'isolement. Le tuberculeux est un danger pour ses voisins et, en conséquence, il doit être éloigné des services ordinaires et soigné à part. On évitera ainsi la contagion et les tuberculeux seront en outre dans de meilleures conditions thérapeutiques. Que faut-il en effet procurer aux tuberculeux pour les guérir quand leur affection est curable ? Il faut leur donner des forces nouvelles et relever leur organisme par une aération continue et réglée de jour et de nuit, par une alimentation vigoureuse, par le repos et le sommeil. Or, rien de cela n'est possible dans la salle commune. L'aération ? Elle est empêchée par le pneumonique ou le rhumatisant dont la maladie exige que la fenêtre soit close. L'alimentation est rendue difficile par le défaut d'aération et le manque d'appétit qui en est la conséquence. Quant au repos et au sommeil, ils sont troublés par le malade endolori ou délirant. (Rapport général de la commission de la tuberculose, p. 377.)

Si certains établissements hospitaliers ne peuvent organiser un service d'isolement, il est du moins indispensable qu'ils assurent une désinfection rigoureuse et se conforment exactement, dans le cas qui nous occupe, aux instructions prophylactiques du comité consultatif d'hygiène publique de France, sur lesquelles ma circulaire du 15 décembre 1899 (annexe 2) a déjà appelé votre attention.

Enfin, lorsque des enfants recueillis à l'hospice - il en est encore trop malheureusement - sont atteints d'affections (scrofule, rachitisme, etc.), qui les prédisposent à la tuberculose, je ne saurais trop recommander de les envoyer au plus tôt dans un sanatorium approprié à leur état, surtout dans un sanatorium marin et sur ce point vous voudrez bien vous référer aux instructions contenues dans la circulaire de mon administration du 30 avril 1897.

2° Le personnel des établissements hospitaliers réclame une attention toute particulière.
On ne doit pas admettre parmi les surveillants ou surveillantes, infirmiers ou infirmières, une personne dont la santé est douteuse, ni a fortiori une personne entachée du soupçon de tuberculose. Une visite médicale qui portera surtout sur ce point doit donc précéder l'admission de tout agent préposé au soin des hospitalisés.

Le personnel servant doit avoir une nourriture réparatrice et être mis, principalement dans les dortoirs, à l'abri des inconvénients et des dangers de l'air confiné.

Il convient d'ajouter que surveillants et infirmiers doivent être instruits des soins qu'ils donneront aux tuberculeux, des modes de contagion et des précautions à prendre pour les malades et pour eux-mêmes. Le dévouement ne suffit pas ; l'instruction spéciale est indispensable.

Si les surveillants et infirmiers viennent à être atteints par la tuberculose, il faut les isoler sans retard des hospitalisés et leur donner les soins que comporte leur état.

D'une manière générale et par mesure de propreté autant que de prudence, il doit être rigoureusement interdit aux pensionnaires comme à leurs servants de cracher sur le sol des salles, quelle qu'en soit la destination, et les crachoirs doivent être désinfectés.

B - BUREAUX D'ASSISTANCE.

Il y a lieu de faire application aussi large que possible aux tuberculeux de la loi du 15 juillet 1893 sur l'assistance médicale gratuite et de procéder, en ce qui concerne l'assistance aux tuberculeux, comme pour les autres malades.

En dehors, ou, pour mieux dire, à côté de l'assistance à donner à l'hôpital ou au sanatorium, les commissions administratives des bureaux d'assistance auront à coopérer très utilement à l'oeuvre sociale d'atténuation ou d'arrêt de la propagation de la tuberculose en recourant à l'institution des dispensaires dans lesquels les médicaments appropriés au traitement de l'affection seront distribués et pris sur place. Ainsi que l'indiquait déjà la circulaire de mon administration du 18 mai 1894 (p. 8), l'assistance donnée au dispensaire permettra dans nombre de cas d'assurer aux malades, et notamment aux tuberculeux, une assistance suffisante, sans qu'il soit nécessaire d'envoyer l'assisté à l'hôpital ou au sanatorium, ce qui implique parfois une bien lourde dépense pour les petites communes, dont les ressources sont limitées.

Pour les bureaux d'assistance comme pour les hospices, j' insiste en vue de l'envoi des enfants rachitiques et scrofuleux aux hôpitaux marins, et cela doit s'entendre aussi bien des communes autorisées à avoir une organisation spéciale de l'assistance médicale que de celles qui relèvent du service départemental.

Je vous prie de vouloir bien porter les instructions qui précèdent à la connaissance des commissions administratives.

Si. comme je n'en doute pas, vous avez eu soin de former ces administrations en vous inspirant des recommandations de la circulaire ministérielle du 10 février 1896, elles sont prêtes d'avance à donner leur entier concours à la grande cause entreprise par les pouvoirs publics, car elles sont animées des idées de progrès scientifique et de solidarité qui sont la raison d'être du gouvernement républicain, conscientes de leur devoir, soucieuses de le bien remplir, elles s'attachent déjà et s'attacheront chaque jour davantage à lutter contre le fléau de la tuberculose. Je compte sur votre zèle éclairé, Monsieur le Préfet, pour les guider, les soutenir, les encourager dans cette voie.

Je m'assure que, pénétré du haut intérêt social qui s'attache à la question, vous veillerez avec la plus constante sollicitude â ce que rien ne soit négligé de ce qui peut être fait sous ce rapport par les établissements publics d'assistance.

Vous voudrez bien m'accuser réception de la présente circulaire.

Le Président du Conseil,
Ministre de l'intérieur et des cultes,
WALDECK-ROUSSEAU.


Protection des enfants du 1er âge. - Application de l'article 8 de la loi du 23 décembre 1874. - Circulaire ministérielle.

Le Président du Conseil, Ministre de l'intérieur et des Cultes, à Messieurs les Préfets.

Dans une circulaire en date du 27 octobre 1894, relative à l'application de l'article 8 de la loi du 23 décembre 1874, un de mes prédécesseurs s'exprimait ainsi : « Il arrive que des maires délivrent des certificats à des nourrices contrairement aux termes formels de cet article. Il est même arrivé, ce qui est à peine croyable, mais ce qui est malheureusement certain, que des maires ont inscrit sur les certificats des indications fausses sur l'âge de l'enfant d'une nourrice, en vue de faciliter le placement de celle-ci dans une famille. »

Ces agissements blâmables n'ont pas pris fin et m'ont été signalés à plusieurs reprises. Ils ont pour résultat de fausser l'application de la loi du 23 décembre 1871 et doivent être réprimés.

Saisi de celte question, le Comité supérieur de protection du premier âge a émis le voeu que, lorsque par application de l'article 8 de la loi du 23 décembre 1874, un maire certifiera que l'enfant d'une nourrice sur lieu est âgé de sept mois, ce certificat soit accompagné d'un extrait de l'acte de naissance de l'enfant.

Je vous prie de donner des instructions aux magistrats municipaux pour qu'ils se conforment strictement à cette nouvelle prescription. J'ajoute qu'il subira d'établir l'extrait sur papier libre, à titre de renseignement administratif.

Le Président du Conseil, Ministre de l'intérieur et des Cultes,
WALDECK-ROUSSEAU.

Le Préfet appelle toute l'attention de MM. les maires sur les instructions qui précèdent et les invite à s'y conformer scrupuleusement.

Nancy, le 2 août 1901.

Le Préfet, JOUCLA-PELOUS.

Document publié le 01-01-2004

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