UFC Que Choisir de Nancy et environs

1901 - Les travaux occultes des focntionnaires

Circulaire ministérielle.

Nancy, le 8 octobre 1901.

Le Président du conseil, ministre de l'intérieur et des cultes, à MM. les Préfets.

M. le ministre du commerce m'a informé qu'il avait recueilli près de chambres de commerce, d'associations syndicales ou de groupements professionnels, les preuves d'un très vif mécontentement suscité par les opérations commerciales auxquelles se livreraient des fonctionnaires de tous ordres.

Les commerçants font légitimement valoir que ces fonctionnaires vendant des denrées ou des produits manufacturés sans avoir à payer patente et sans être asservis aux lourdes charges qu'ils supportent leur font une concurrence d'autant plus abusive qu'ils disposent en outre de l'influence et de l'estime attachées à leurs fonctions.

Ces considérations suffiraient déjà pour me décider à punir sévèrement de semblables agissements ; mais je veux, en outre, attirer votre attention sur un inconvénient plus grave encore qui pourrait en résulter.

Un fonctionnaire ayant pris le goût du négoce et désireux d'étendre à tout prix sa clientèle, peut, dans une circonstance fortuite, voir ses intérêts personnels entrer en antagonisme avec ceux qui lui sont confiés par le gouvernement. Et tel, qui aurait su jusque-là faire preuve de fermeté, de caractère et d'abnégation, risquerait en de délicates occurrences de se laisser aller à une indécision laissant prise à tous les soupçons.

Vous conviendrez enfin que les aléas d’une situation reposant sur un fonds de commerce et livrée à l'incertitude de crises économiques ne sauraient être compatibles avec la dignité qu'en toutes circonstances les représentants de l'administration doivent garder.

Je vous demande de faire part de ces réflexions aux différents fonctionnaires placés sous votre autorité, et si l'un d’eux persistait à contrevenir à des prescriptions que je me vois dans la nécessité de rappeler une fois de plus, je fais fond sur votre vigilance pour m'en avertir, afin que cet écart de conduite soit immédiatement réprimé.

Le Président du conseil, ministre de l'intérieur et des cultes,
E. COMBES.

Document publié le 01-01-2004

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