UFC Que Choisir de Nancy et environs

1909 - La prévention de la cécité

Nancy, le 20 mars 1909.

Le Préfet de Meurthe-et-Moselle à MM. les maires du département.

Un vif mouvement de sollicitude se produit en ce moment en faveur des aveugles. On se préoccupe à juste titre d'assurer à ces malheureux, d'une façon aussi complète que possible, les bienfaits de la loi de 1905 sur l'assistance aux vieillards, aux infirmes et aux incurables ; mais on recherche en même temps les moyens de mettre entre les mains de ces déshérités du sort un métier qu'ils puissent exercer seuls, pour lequel leur infirmité ne soit point un obstacle, qui les arrache à l'oisiveté et à la mendicité à laquelle ils semblent être fatalement voués.

Les communes ont le plus grand intérêt à s'associer à ce mouvement philanthropique. Elles doivent se représenter que si un aveugle dénué de ressources n'est point mis en situation d'apprendre un métier, que s'il est condamné, faute d'une éducation appropriée, à demeurer toute sa vie une non-valeur sociale, c'est pour la collectivité une charge permanente considérable, qu'il est de son devoir de chercher à éviter, même par des sacrifices momentanés.

J'ai l'honneur, messieurs, d'appeler spécialement votre attention sur ce point particulier. Il importe que tout enfant aveugle puisse être placé, dès l'âge de six ou sept ans, dans une maison d'éducation spéciale, s'il est reconnu suffisamment intelligent pour pouvoir profiter de l'enseignement qui y est donné. Il est nécessaire que les communes secondent les efforts du département, qui consacre déjà à cet objet un important crédit, et qu'elles concourent elles-mêmes, dans la mesure de leurs moyens, aux frais d'éducation de ces infirmes, pratiquant ainsi une assistance préventive dont elles n'auraient qu'à se féliciter par la suite. Je vous saurai gré de me signaler tous les cas dans lesquels vous estimeriez qu'une intervention dans ce sens doive se produire.

Il est un autre point qui se recommande également à votre sollicitude.

Il ressort des statistiques qu'il y a en France plus de 30.000 aveugles et que le tiers environ de ces infirmes ont perdu la vue à la suite d'ophtalmies non soignées et parfaitement guérissables.

Il importe donc de réagir contre la négligence ou l'ignorance des mères de famille, qui s'en remettent au temps ou au hasard du soin de guérir les maladies naissantes de leurs enfants ; et en attendant que l'Académie de médecine ait établi et condensé, en quelques formules pratiques, comme celles qui figurent au livret de famille sur l'alimentation infantile, les prescriptions que devront suivre les parents pour préserver leurs enfants des affections oculaires, je crois devoir vous inviter à profiter de toutes les circonstances-réunions de sociétés de charité maternelle, commissions d'assistance, etc., pour répandre autour de vous cette vérité douloureuse que l'infirmité dont sont frappés le tiers des aveugles aurait pu être utilement combattue et sans doute évitée. Cette constatation sera certainement de nature à inciter toutes les mères de famille à redoubler de vigilance et surtout à recourir au médecin au moindre symptôme de malaise qu'elles constateront dans l'organe visuel de leurs enfants.

Le préfet,
Adolphe BONNET.

Document publié le 01-01-2004

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