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1909 - Les dangers du Brésil

Le président du conseil, ministre de l'intérieur, à MM. les préfets.

Depuis l'abrogation, en 1908, de l'interdiction ministérielle qui, pendant longtemps, avait mis obstacle au recrutement des émigrants français à destination du Brésil, une campagne de propagande très active se poursuit en France, avec l'appui du gouvernement brésilien, en vue de provoquer un mouvement d'expatriation de nos nationaux et principalement de nos nationaux s'adonnant à l'agriculture.

Cette campagne a éveillé des espérances chez nombre de nos compatriotes qui sont partis pour le Brésil, soit spontanément, soit engagés par des agents brésiliens, dans le but d'obtenir et d'exploiter une concession agricole. Mais leurs essais de colonisation ont donné, pour la plupart, des résultats négatifs et plusieurs d'entre eux, déjà déçus, sont rentrés en France à leurs frais ou en se faisant rapatrier par nos consuls ou nos sociétés de bienfaisance.

En réalité, aux obstacles nombreux que rencontrent les tentatives d'exploitation agricole faite isolément ou par groupes infimes sur un sol où la culture est si différente de ce qu'elle est en France, viennent s'ajouter pour l'immigrant français les difficultés provenant du climat qui l'éprouve, de son ignorance des langues qu'on parle autour de lui, de l'antagonisme des colons étrangers qui l'entourent. Il se décourage et bientôt abandonne son exploitation, perdant ainsi le bénéfice de son labeur et une partie du pécule dont il était pourvu en quittant la mère patrie.

Il semble donc qu'il y ait peu d'avenir au Brésil pour nos travailleurs agricoles, étant données les conditions particulières de la culture en ce pays et les divers risques que leurs entreprises y rencontreraient.

J'estime qu'il importe de leur déconseiller tous projets de colonisation.

Seuls, nos ouvriers d'art habiles, nos contremaîtres, nos ingénieurs ont des chances de s'employer au Brésil utilement et avec profit. Mais, en raison de la concurrence, leur placement peut être malaisé et, par suite d'une longue attente, entraîner beaucoup de frais.

Il convient, en conséquence, de mettre en garde les travailleurs appartenant à ces catégories sociales contre le danger auquel ils sont exposés et de leur recommander tout particulièrement de s'informer soit auprès de nos consuls, soit auprès des entreprises françaises, des emplois disponibles qu'ils auraient chance d'obtenir, et de ne pas se décider à émigrer avant d'avoir acquis la certitude qu'une situation les attend à leur arrivée au Brésil.

Je vous prie de bien vouloir porter ces renseignements à la connaissance des intéressés par la voie du Recueil des Actes administratifs de votre préfecture et de m'accuser réception de la présente circulaire.

Le président du conseil ministre de l'intérieur,
G. CLEMENCEAU.

Document publié le 01-01-2004

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