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1911 - La prévention de la teigne chez les enfants

Circulaire de M. le ministre de l'intérieur.

Paris, le 11 mars 1911.

Le Président du conseil, ministre de l'intérieur et des cultes à MM. les Préfets.

Quel est le meilleur mode d'assistance à employer à l'égard des enfants teigneux ? Cette question, qui cause souvent de graves embarras aux municipalités et aux commissions administratives des établissements hospitaliers, est l'objet de la présente circulaire.

I. Il y a trois maladies du cuir chevelu vulgairement appelées teignes :
1° La teigne laveuse ou favus, caractérisée par des croûtes sordides, de durée indéfinie, mélangées à des cicatrices ;
2° La teigne tondante, caractérisée par des tonsures rondes, pelliculeuses, où les cheveux semblent mal rasés ;
3° La pelade, caractérisée par des plaques tout à fait chauves et blanches.
La pelade ne doit plus être considérée comme une teigne proprement dite, puisqu'il est désormais établi qu'elle n'est ni parasitaire ni contagieuse. Nous n'avons donc à nous occuper ici que de la teigne laveuse ou de la teigne tondante.

II. Sur le sujet qu'elles ont atteint, ces maladies persistent toujours très longtemps ; la tondante prend l'enfant à l'école et ne finit par guérir généralement que vers quatorze ou quinze ans, quelquefois plus tard ; le favus non traité ne guérit jamais, il dure autant que la vie du malade et fait de celui-ci un véritable paria.
Pendant toute leur durée, elles sont très contagieuses pour les enfants ; les écoles, asiles, orphelinats et toutes agglomérations d'enfants doivent s'en défendre avec le plus grand soin ; d'où la nécessité d'isoler les teigneux pour prévenir une funeste dissémination du mal.

III. Jusqu'en 1904, la guérison de ces maladies exigeait un traitement très minutieux durant plusieurs années ; elle est obtenue aujourd'hui grâce aux rayons X en un laps de temps compris, selon les cas, entre un mois et demi et trois mois. Le service du traitement des teignes fonctionne notamment à l'hôpital Saint-Louis à Paris. Avant ce traitement, ce service, avec 350 lits, guérissait 100 malades par an ; il en guérit aujourd'hui 500 avec 100 lits seulement. Paris est presque aujourd'hui totalement débarrassé de ses teigneux, et l'assistance publique réalise de ce chef une économie annuelle considérable.

IV. De tels services sont malaisés à organiser; il leur faut, pour être efficaces, des appareils coûteux et un personnel ayant reçu une éducation professionnelle spéciale. L'application des procédés soulève, en effet, des difficultés techniques assez délicates. Bien employé, le traitement est inoffensif et, grâce à lui, des milliers d'enfants ont été guéris sans aucun accident depuis 1904 ; mais entre des mains inhabiles, il peut donner lieu à des brûlures graves, à des cicatrices définitives susceptibles d'engager des responsabilités judiciaires. Ce n'est donc qu'avec circonspection que ces services peuvent être institués dans un établissement hospitalier.

V. Le service de l'hôpital Saint-Louis est outillé de telle façon et a donné de tels résultats que j'ai pensé qu'il y aurait le plus haut intérêt à ce qu'il pût recevoir les petits teigneux qui lui seraient envoyés par les départements. Dans certains établissements hospitaliers de province, en effet, il existe un quartier de teigneux qui souvent constitue le service le plus déshérité de l'hôpital ; les enfants y restent des années, presque partout insuffisamment traités ; ils en sortent à l'âge d'homme ; sans instruction, souvent même non guéris. Et sans doute ils ont été mis ainsi, durant cette période, dans l'impossibilité de contaminer d'autres enfants, ce qui est déjà un résultat appréciable, mais leur longue hospitalisation a entraîné de lourdes charges pour les collectivités intéressées.
Envoyer ces enfants dans un service comme celui de l'hôpital Saint-Louis d'où, au bout de quelques semaines, ils sortiraient guéris, serait donc une mesure conforme aux intérêts de ces malheureux enfants et constituerait en même temps une sage opération financière.

VI. Aussi me suis-je adressé à M. le préfet de la Seine qui a saisi de la question le conseil de surveillance de l'Assistance publique de Paris et le conseil municipal. Ces deux assemblées ont émis un avis favorable à l'admission à l'hôpital Saint-Louis des enfants teigneux de province. En ce qui concerne le prix de journée, bien que le tarif normal comportât un prix de 4 f 70, elles n'ont pas manqué d'apercevoir le haut intérêt national qui s'attache à la prompte et définitive disparition de la teigne en France ; ce sont là des considérations dont la ville de Paris s'honore de toujours tenir compte ; aussi, par arrêté de M. le préfet de la Seine, l'administration hospitalière est-elle autorisée à recevoir désormais ces jeunes malades moyennant un prix journalier forfaitaire de 3 francs. Le nombre des places pouvant être affectées s'élève à cent.

VII. Ai-je besoin de dire que les dépenses engagées par les départements pour assurer le traitement des enfants teigneux à l'hôpital Saint-Louis, ou dans un autre service spécial analogue, rentrent essentiellement dans le cadre de la loi de 1893 sur l'assistance médicale gratuite ?

VIII. Un point reste à examiner : ces maladies étant contagieuses, quelles précautions faut-il prendre, quel moyen simple et sûr faut-il employer pour prévenir toute dissémination du mal durant le voyage ? C'est la question que j'ai posée à M. le Dr Sabouraud, chef du service de l'hôpital Saint-Louis, et voici les prescriptions que l'éminent praticien formule à ce sujet :
« Avant le départ, la tête de l'enfant sera badigeonnée avec le liquide suivant :
Teinture d'iode 5 grammes
Alcool à 80° 100 -
et recouverte d'un bonnet parfaitement fermé tel que le bonnet à trois pièces ( lequel, pour les garçons, pourrait être remplacé par le bonnet de coton ) ; ce bonnet ne devra pas être enlevé depuis le départ jusqu'à l'arrivée à l'hôpital. »

« Ces précautions, ajoute M. le Dr Sabouraud, me paraissent suffisantes pour prévenir toute contagion en cours de route et toute contamination des wagons. »

IX. Je vous prie de m'accuser réception de la présente circulaire, de lui donner toute publicité auprès des administrations communales et hospitalières et de veiller à ce qu'elle produise son plein effet. Permettre qu'un enfant teigneux trame misérablement son mal durant de longues années, qu'il s'étiole dans son pauvre logis ou dans un quartier d'hôpital, ou même qu'il rôde le long des chemins, sans protection et sans soins, loin de l'école pour laquelle il constitue un danger, alors qu'en l'envoyant dans un service hospitalier spécial, notamment à Saint-Louis, on peut désormais, pour une faible somme et dans un bref délai, assurer sa guérison complète et définitive, ce serait là commettre une négligence vraiment criminelle, et dont je suis assuré que nul en France ne se rendra coupable.

Le Ministre de l'intérieur,
MONIS.

Document publié le 01-01-2004

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