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1832 - Le discours du Roi

DISCOURS DU ROI.

MESSIEURS LES PAIRS, MESSIEURS LES DEPUTÉS,

Je me félicite de retrouver, après une longue séparation, vos lumières et votre appui. Dans cet intervalle, mon Gouvernement a été exposé à de graves épreuves. Il les a surmontées par sa propre force; il a triomphé des factions.

Trompées par la générosité de nos institutions, par notre respect pour les garanties des libértés publiques, elles ont méconnu la force d' une politique légale et modérée. Dans Paris, au nom de la république, dans l'Ouest, au nom de la contre-révolution, elles ont attenté par les armes à l'ordre établi. La république et la contre-révolution ont été vaincues.

Les journées des 5 et 6 juin ont fait éclater la perversité et l'impuissance des fauteurs de l'anarchie. Elles ont révélé combien serait dangereuse toute politique qui ménagerait les passions subversives, au lieu de les réprimer. La monarchie constitutionnelle a reconnu ses vrais amis et ses vrais défenseurs dans cette généreuse population de Paris, dans cette intrépide garde nationale, dans cette brave et fidèle armée, qui ont si énergiquement repoussé de tels attentats.

J' ai été assez heureux pour que ma présence, en encourageant les bons citoyens, hâtât le terme de la sédition.
On a vu quelle force trouve, dans l'appui de la Nation, un Roi constitutionnel contraint de recourir aux armes pour défendre la couronne qu'il a été appelé à porter, et les institutions qu'il a juré de maintenir.

Nous avons eu à déplorer dans l'Ouest des soulèvemens et des crimes odieux. La masse de la population n' y a point pris part; et partout où la rébellion a éclaté, elle a été rapidement vaincue. Que les coupables auteurs de la guerre civile, qui a tant de fois désolé ces contrées, perdent donc tout espoir d'une contre-révolution impossible à mes yeux comme aux vôtres, car elle nous trouverait unanimes pour la combattre, toujours fidèles à nos sermens, et prêts à confondre nos destinées avec celles de la patrie.

Un événement récent, et décisif pour la paix publique, détruira les dernières illusions de ce parti.

Messieurs, à Paris comme dans l'Ouest, mon Gouvernement a dû emprunter à la législation existante toute l'énergie compatible avec la justice. Pour des crimes pareils, il fallait la même répression. Il fallait aussi que, dans ces jours de crise, les défenseurs de l'ordre public et de la liberté trouvassent dans la ferme résolution du pouvoir l' appui qu'ils en réclamaient.

Vous aurez à examiner si notre législation à cet égard n'a pas besoin d'être revue et complétée, et par quelles mesures peuvent être garanties à la fois la sûreté de l'État et la liberté de tous.

C'est en persistant dans ces voies de modération et de justice que nous nous montrerons fidèles aux principes de notre glorieuse révolution. C' est là le système que vous avez affermi par votre concours et qu'a soutenu avec tant de constance le ministre habile et courageux dont nous déplorons la perte.

Déjà les heureux effets de ce système se font partout ressentir. Au dedans, la confiance renaît. Le commerce et l'industrie ont repris leur essor; la Providence a versé ses trésors sur nos campagnes; le fléau qui nous a si cruellement désolés s' est éloigné de nous, et tout nous promet la prompte réparation des maux dont nous avons eu à gémir.

Au dehors, les gages de la prospérité nationale ne sont pas moins assurés.

J'ai tout lieu de compter sur les dispositions pacifiques des Puissances étrangères, et sur les assurances que j'en reçois chaque jour.

L'union intime qui vient de se resserrer entre la France et la Grande-Bretagne sera, pour les deux nations, une source féconde de bien-être et de force, et, pour l'Europe entière, une nouvelle garantie de paix.

Une question pouvait entretenir encore en Europe quelque inquiétude. Malgré les efforts de mon Gouvernement, le traité du 15 novembre 1831, qui devait consommer la séparation de la Belgique et de la Hollande, demeurait sans exécution: les moyens de conciliation semblaient épuisés; le but n' était pas atteint.

J'ai cru qu' un pareil état des choses ne pouvait se prolonger sans compromettre la dignité et les intérêts de la France. Le moment était venu de pourvoir à l' exécution des traités, et de remplir les engagemens contractés envers la Belgique. Le Roi de la Grande-Bretagne a partagé mon sentiment. Nos deux pavillons flottent ensemble aux embouchures de l' Escaut. Notre armée, dont la discipline et le bon esprit égalent la vaillance, arrive en ce moment sous les murs d' Anvers. Mes deux fils sont dans ses rangs.

En donnant au Roi des Belges ma fille chérie, j'ai fortifié par un lien nouveau l'intimité des deux peuples. L'acte qui a consacré cette union solennelle sera mis sous vos yeux.

J'ai donné ordre également à mes Ministres de vous communiquer le traité conclu le 4 juillet 1831, entre mon Gouvernement et celui des Etats-Unis d' Amérique. Cette transaction met un terme aux réclamations réciproques des deux pays.

Vous prendrez aussi connaissance du traité par lequel le Prince Othon de Bavière est appelé au trône de la Grèce.

J'aurai à vous demander les moyens de garantir, solidairement avec mes alliés, un emprunt indispensable à l' affermissement du nouvel État fondé par nos soins et par notre concours.

Je désire que notre législation fondamentale soit promptement complétée. Les lois annoncées par l'article 69 de la Charte vous seront présentées dans le cours de cette session. Vous aurez à délibérer sur la responsabilité des Ministres, sur les Administrations départementales et municipales, sur l'organisation de l'instruction publique, et sur l'état des officiers.

Plusieurs autres lois de moindre importance politique, mais d'un grand intérêt pour les affaires du pays, vous seront également présentées.

Je regrette de ne pouvoir vous proposer, dès à présents la réduction des charges publiques: nos devoirs envers la France, et les circonstances où nous sommes placés, nous imposent encore de pesans sacrifices; mais la situation générale de l'Europe nous permet d'en entrevoir le terme. L'avenir s'offre à nous sous des auspices favorables; le crédit se maintient et se fortifie, et des signes certains attestent les progrès de la richesse nationale.

Encore quelques efforts, et les dernières traces des inquiétudes inséparables d'une grande révolution seront effacées. Le sentiment de la stabilité rentrera dans tous les esprits, la France prendra une entière confiance dans son avenir; et alors se réalisera le plus cher de mes voeux, c'est de voir ma patrie s' élever à toute la prospérité qu' elle a droit de prétendre, et de pouvoir me dire que mes efforts n' ont pas été inutiles à l'accomplissement de ses destinées.

Document publié le 01-01-2004

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