UFC Que Choisir de Nancy et environs

1896 - Les épidémies dans les écoles

MM. les Maires.
Nancy, le 25 mars 1896.
Messieurs,
J'ai l'honneur de porter à votre connaissance une circulaire de M. le Ministre de l'instruction publique, en date du 14 mars courant, modifiant le service d'information et de statistique des maladies épidémiques dans les écoles.
Je vous prie de vouloir bien donner la plus grande publicité à cette circulaire ainsi qu'à l'instruction qui y fait suite. Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération très distinguée.
Le Préfet, Léon STEHELIN.
Paris, le 14 mars 1896.
Monsieur le Préfet,
Le règlement modèle du 18 août 1893, relatif aux prescriptions hygiéniques à suivre dans les écoles primaires, a prévu dans son article 11 « l'envoi à la famille de chaque enfant atteint d'une infection contagieuse d'une instruction sur les précautions à prendre contre les contagions possibles ».
Après avis du Comité consultatif d'hygiène publique de France et du Conseil supérieur de l'instruction publique, j'ai adopté l'instruction ci-jointe.
J'ai pensé, en effet, qu'il était nécessaire de recommander aux familles d'observer ces prescriptions, qui se rapportent aux soins hygiéniques à donner aux enfants atteints de maladies contagieuses et épidémiques, ainsi qu'aux mesures à prendre pour empêcher la propagation de ces maladies. Les membres de la famille, les voisins, les habitants de la commune, sont tous intéressés à ce que ces prescriptions, d'une exécution facile et qui ne peuvent occasionner qu'une dépense minime, soient scrupuleusement suivies.
Je compte d'ailleurs sur le personnel de l'enseignement primaire public et privé pour recommander aux familles de ne pas manquer de se conformer à ces règles. Il lui sera facile, j'en suis persuadé, de saisir l'occasion d'un entretien avec les parents des élèves, d'un devoir à faire en classe, pour montrer combien il importe de ne rien négliger de ce qui doit arrêter la propagation des maladies contagieuses.
Je vous prie de donner la plus grande publicité à cette instruction. Vous voudrez bien la faire insérer dans le Recueil des Actes administratifs de la préfecture et dans le Bulletin départemental de l'enseignement primaire. J'ai d'ailleurs décidé que des exemplaires de cette instruction seraient envoyés à l'inspecteur de l'enseignement primaire de chaque circonscription. Il les conservera en dépôt pour les adresser aux instituteurs et aux institutrices publics et privés suivant les demandes qui lui parviendront.
Recevez, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma considération très distinguée.
Le Ministre de l'instruction publique, des beaux-arts et des cultes,
E. COMBES.
Pour copie conforme, Le Directeur de l'enseignement primaire,
F. BUISSON.


Instructions à remettre par les instituteurs aux familles des écoliers atteints de maladies épidémiques et contagieuses.
1. - PENDANT LA MALADIE.
Dès qu'une maladie contagieuse se montre dans une famille, il faut immédiatement faire appeler un médecin, parce, que toutes ces maladies peuvent être graves et doivent être soignées. C'est, aussi, parce que le médecin, en veillant à ce que la présente instruction soit suivie, et en prescrivant les mesures complémentaires qu'il jugera utiles pour chaque maladie en particulier, pourra éviter la propagation de la maladie dans la famille du malade et dans la commune.
On ne doit jamais avoir peur des maladies épidémiques ou contagieuses, car on peut sûrement empêcher leur développement en détruisant les germes qui les produisent.
Ces germes sont des corps très petits qui peuvent se loger partout dans les fentes du plancher ou du carrelage, sur les murs, dans les rideaux et les tapis, dans le linge et les vêtements, dans l'eau et dans les aliments, etc.
Les mesures indiquées ci-après ont pour but d'empêcher les germes de s'accumuler et de les détruire partout où ils peuvent se rencontrer,
CHAMBRE DU MALADE. - La chambre du malade doit être tenue très propre, bien aérée et convenablement chauffée selon la saison et selon l'ordonnance du médecin.
La chambre du malade doit renfermer aussi peu de meubles que possible, pas de tapis ni de rideaux.
Il est préférable que le lit soit au milieu de la pièce et jamais dans une alcôve.
Autant que possible, le malade sera placé dans une chambre où il soit tout seul avec la personne qui le soigne et qui doit n'avoir avec les autres personnes de la famille ou de la maison que les relations indispensables. L'entrée de la chambre sera particulièrement interdite aux autres enfants.
Il ne doit y avoir dans la chambre aucune provision de lait, ou d'aliments quelconques, aucune boisson ou tisane, à moins que ce ne soit dans des récipients bien clos. Il vaut mieux même que les aliments ou boissons ne soient apportés dans la chambre du malade qu'au fur et à mesure des besoins et ce qui n'est pas immédiatement consommé doit être, après que le malade y a touché, brûlé ou jeté dans un vase uniquement affecté à cet usage.
Il est très utile de placer auprès du malade un bol contenant un peu d'eau dans lequel il crachera. Il y a grand intérêt, en effet, à maintenir humides les crachats qui, étant secs, se répandent dans l'air sous forme de poussière et peuvent ainsi propager la maladie.
Le contenu du bol doit être jeté dans le vase spécial, après la visite du médecin.
Pendant toute la durée de la maladie, on tient toutes les pièces d'habitation très propres, on les aère par l'ouverture des fenêtres pour laisser entrer l'air et le soleil le plus longtemps possible tous les jours.
NETTOYAGE DE LA CHAMBRE. - Pour nettoyer la chambre, il ne faut pas la balayer, de crainte d'agiter les poussières qui peuvent contenir des germes et transmettre la maladie aux autres personnes de la famille, de la maison ou des maisons voisines; il faut, au contraire, suit répandre d'abord sur le sol de la chambre de la sciure de bois humide, soit l'essuyer avec un linge légèrement humide. On doit ensuite laisser séjourner pendant une heure dans l'eau bouillante et rincer ce linge, puis brûler les balayures dans le foyer. S'il n'y a pas de feu allumé, ces balayures seront mises dans le vase spécial, dont il a été parlé au paragraphe précédent.
DÉSINFECTION DES EFFETS, VÊTEMENTS, DRAPS, ETC. - Aucun des effets, linge de corps, vêtements, draps, qui ont servi au malade, ne doit être secoué par la fenêtre; on les mettra dans une boîte, un panier ou un sac, jusqu'à ce qu'il soit procédé à leur désinfection.
Pour la désinfection des draps blancs ou de couleur, des linges et étoffes (toile, laine, coton), on les ploie dans de l'eau maintenue bouillante à gros bouillon pendant une heure au moins, puis on les porte de suite à la lessive.
Ces modes de désinfection sont remplacés par l'étuve à vapeur sous pression, s'il en existe une dans la commune.
Pour désinfecter les objets de cuir et des chaussures, on les lave soigneusement avec une solution antiseptique (solution d'acide phénique à 5 grammes pour 100 grammes d'eau, ou solution de sublimé à 1 gramme pour 1,000 grammes d'eau et 2 grammes de sel marin).
Ces opérations, quand elles sont faites avec soin, n'altèrent pas sensiblement les objets.
DÉSINFECTION DES DÉJECTIONS. - Aucune des déjections du malade, urine, matières fécales, crachats, vomissements, ne doit être répandue sur les fumiers ou dans les cours d'eau, ni jetée sur le sol. Ces déjections, comme les résidus du balayage, comme l'eau du lavage à l'eau bouillante des effets et des vêtements, doivent être transportés dans le vase spécial qui doit toujours être rempli à moitié au moins d'une solution de sulfate de cuivre (50 grammes de sulfate de cuivre par litre d'eau).
Ce vase doit être vidé dans les cabinets d'aisances ou dans un trou en terre, à demi rempli de chaux vive et creusé à une grande distance des puits et cours d'eau.
Le vase est lavé, sur place même, avec la solution de sulfate de cuivre avant d'être reporté dans la chambre du malade.
PERSONNES QUI SOIGNENT LES MALADES. - Les personnes qui soignent un malade ne doivent ni manger ni boire dans sa chambre. Elles ne doivent jamais quitter cette chambre sans s'être lavé très soigneusement les mains au savon. L'eau qui aura servi au lavage des mains est versée dans le vase spécial et celui-ci est ensuite vidé dans les cabinets d'aisances.
EAU DE BOISSON. - L'eau servant à boire, à cuire les aliments et à prendre les soins de propreté pour le malade doit être bouillie. Tous les membres de la famille doivent aussi faire usage d'eau bouillie pendant le temps de
la maladie ou de l'épidémie.
II. - APRÈS LA MALADIE.
DÉSINFECTION APRÈS LA MALADIE. - A la fin de la maladie, tous les objets qui garnissent la chambre du malade doivent y être laissés jusqu'après la désinfection, qui doit être faite le plus tôt possible pour tous ces objets sans exception, qu'ils aient ou non servi au malade.
Pour les effets, linges de corps, vêtements, draps, couvertures, etc., on procède à la désinfection comme il est dit plus haut.
Pour les meubles, traversins, oreillers, etc., on en découd l'enveloppe qu'on lave à l'eau bouillante comme il est dit plus haut pour les draps; le contenu (laine, crin, varech, plume, paille, etc.) est soit brûlé, soit lavé tout au moins de la même façon.
Pour désinfecter la chambre on lave les murs, le plafond et surtout le sol (plancher, carrelage ou terre battue) avec une solution d'acide phénique à 5 grammes pour 100 grammes d'eau ou avec une solution de sublimé à 1 gramme pour 1, 000 additionnée de 2 grammes de sel marin pour 1 litre d'eau ou avec une solution de crésyl à 5 grammes par 1,000 grammes d'eau. Le sol est ensuite épongé et essuyé avec soin. Si les murs sont blanchis à la chaux, on devra toujours procéder à un nouveau blanchissage de la surface.
Il pourra être pris, sur l'avis du médecin, d'autres mesures de désinfection suivant les cas.
S'il existe un service spécial de désinfection dans la commune ou à proximité, il devra toujours être fait appel à ce service qui sera seul chargé de la désinfection.
MESURES A PRENDRE PAR LE MALADE AVANT SA SORTIE. - Le médecin indique quand le malade doit être lavé et quand il doit sortir (mais la sortie ne doit jamais avoir lieu qu'après un bain ou un lavage à l'eau de savon).
Le médecin dit aussi quand l'enfant peut jouer avec ses camarades et retourner à l'école.
EXCLUSION DE L'ÉCOLE - La rentrée en classe ne peut s'effectuer que quarante jours après le début de la maladie pour la variole, la scarlatine et la diphtérie, et seize jours seulement après la rougeole.
Dans l'intérêt même des enfants, l'instituteur a le devoir de renvoyer dans sa famille tout enfant chez lequel il peut craindre l'apparition d'une affection contagieuse.
Tout le monde a intérêt à prendre chez soi les précautions nécessaires pour empêcher que la maladie se transmette aux autres membres de la famille et aux voisins.
Tout le monde a intérêt à ce que son voisin prenne des précautions chez lui quand il a un malade atteint d'une maladie contagieuse.
La présente instruction est applicable à toutes les affections épidémiques et contagieuses des adultes (choléra, fièvre typhoïde, diphtérie croup, angine couenneuse, scarlatine, rougeole, suette, typhus, dysenterie épidémique, phtisie).

Document publié le 01-01-2004

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